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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 18:52

 

 

Hello mes amours !


On se souvient probablement tous du film "Love Story", succès bouleversant des années 70 qui racontait l'histoire d'un jeune couple, Olivier et Jennifer, séparés trop tôt par la maladie de la jeune femme, emportée à l'âge de 24 ans par une leucémie foudroyante. Parfois, la réalité semble prendre un malin plaisir à dépasser la fiction et c'est ce que raconte le photographe Angelo Merendino dans sa série de photographies baptisée "The battle we didn't choose" ("La bataille qu'on a pas choisie"), où il met en scène sobrement, sans fioriture, le quotidien de son épouse dans sa guerre quotidienne contre la maladie. L'envie de partager avec vous leur histoire, si poignante et si tragique à la fois, me pousse à écrire ce petit bout de texte aujourd'hui. Si je me dois de vous avertir que certaines photographies font viscéralement "mal" et sont difficiles à regarder, elles n'en sont pas moins le reflet d'une réalité qui dérange encore (Angelo Merendino raconte d'ailleurs à la perfection sur son site web (Mywifesfightwithbreastcancer.com), comment les malades du cancer sont aujourd'hui encore souvent laissés de côté par la société et doivent affronter seuls leur quotidien qui ne ressemblera plus jamais à "leur vie d'avant"...) et d'un acte d'amour profond envers celle qui restera à jamais la femme de sa vie... Beauté, courage, souffrance, peur, force, fragilités, combat pour la vie sont autant de petites étincelles apparentes sur les photographies d'Angelo Merendino. 

 



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L'histoire d'amour entre les deux jeunes gens semblait pourtant digne d'un conte de fée au commencement. Un coup de foudre, comme une évidence, suivi d'une magnifique cérémonie de mariage en plein Central Park. Et la vie qui s'annonce prometteuse. Qui se devrait de l'être...

 

 


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"La première fois que j'ai vu Jennifer, j'ai su. J'ai su que c'était elle. J'ai su, exactement comme mon père quand il a chanté à sa soeur la chanson "I found her" juste après avoir rencontré ma mère pour la première fois durant l'été 1951. Un mois plus tard, Jen a trouvé un job à Manhattan et a quitté Cleveland. Je voulais me rendre dans cette ville pour voir mon frère, mais je voulais surtout la revoir elle. A chaque visite, mon coeur criait à mon cerveau : "Dis-lui !!". Mais je n'arrivais pas à trouver le courage de lui dire que je ne pouvais pas vivre sans elle. Mon coeur a finalement pris le dessus et, comme un petit garçon, j'ai dit à Jen que j'étais tombé amoureux d'elle. A mon grand soulagement, elle a levé vers moi ses magnifiques yeux et m'a dit : "Moi aussi !". Six mois plus tard, j'emportais mes affaires personnelles et m'envolais vers New York avec une bague de fiançailles au fond de la poche. Le soir même, installés dans notre restaurant italien favori, je me suis agenouillé et je lui ai demandé de m'épouser. Moins d'un an plus tard, nous nous marrièrent à Central Park, entourés de notre famille et de nos amis. Tard dans la nuit, nous dansèrent notre première danse en tant que mari et femme, sur un air que joua mon père à l'accordéon. "

 



Mais cinq mois seulement après cette union qui s'annonçait comme la merveilleuse promesse d'une belle et longue vie à deux, on diagnostique à Jennifer (oui, comme dans "Love Story") un cancer du sein. "Je me rappelle exactement de ce moment", raconte Angelo. "La voix de Jen et la sensation de paralysie qui s'empara de moi. Cette sensation qui ne m'a plus jamais quitté... Je n'ai jamais oublié non plus comment nous nous sommes regardés tout en nous tenant les mains : nous sommes ensemble. Tout va s'arranger." Un combat de tous les instants commence alors où Angelo accompagne son épouse à chaque seconde. Lui vient alors l'idée de la photographier, pour "
humaniser le visage du cancer", ce compagnon de route, cette bataille de chaque instant qui fait peur à tant de personnes et qui empoisonne le quotidien, non seulement du patient mais aussi de ses proches. Ces photos ont vocation à montrer "le défi, la difficulté, la peur, la tristesse et la solitude que nous avons affrontés, que Jennifer a affronté, quand elle se battait contre la maladie. Mais plus important que tout, elles montrent notre amour."

 

 

 

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Publiées d'abord sur une page Facebook, "My Wife's Fight With Breast Cancer", ces photos terriblement belles, intimes et parfois violentes montrent sans détour la réalité des personnes et de leur entourage qui se battent chaque jour contre la maladie. Certains les trouveront peut-être "trop" intimes, sans doute car elles montrent la maladie dans son plus simple appareil, avec ce qu'elle comporte de peur et de souffrance. Peut-être aussi car elles rappellent à quel point nous sommes mortels... Pour ma part, je les trouve juste incroyablement belles. Belles et émouvantes. Jennifer s'est éteinte à l'âge de 40 ans après quatre longues années de lutte, en demandant à son époux de toujours aimer, d'être à l'écoute, de donner à autrui, de ne jamais oublier de croire en lui-même mais aussi en l'être humain... En somme : de célébrer chaque seconde de la vie. Avec ce travail poignant, déchirant et viscéral, c'est un merveilleux hommage qu'il rend à la mémoire de son épouse, afin que celle-ci subsiste dans le regard des autres... 


 

Et toi lecteur, que penses-tu de cet hommage
d'Angelo Merendino à son épouse ?

 

 


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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 22:30

 

 

Hello mes petits koalas des bois !


 

Comme beaucoup de personnes, je m'étais jurée que ce genre de choses ne passerait PAS par moi. Qu'on ne m'y prendrait jamais. Que je ne succomberai ni aujourd'hui, ni demain, à cette vile tentation. Puis j'ai ouvert ce paquet qui m'attendait sous le sapin de Noël et là, ça a été le coup de foudre ! (oui, ça fait effectivement un certain moment que je dois t'en parler : tu es perspicace mon lecteur !). Moi, l'ancienne étudiante en Communication qui vénère plus que tout l’Édition papier et qui jurait à qui voulait l'entendre qu'elle ne posséderait jamais une technologie de ce genre, je suis passée de l'autre côté. Mais la frontière entre livre papier et livre électronique est-elle si opaque qu'on le dit ? Doit-on forcément en détester un pour aimer pleinement l'autre ? Doit-on réellement faire un choix ? Dans mon cas, j'ai fait le choix de ne pas choisir ! Et toujours est-il qu'aujourd'hui, je suis l'heureuse détentrice d'une liseuse électronique et que j'ai réalisé que ce que j'aime le plus - au delà du support - est belle et bien l’œuvre en elle-même... Petite review sur cette fameuse liseuse Kobo Glo qui ne me quitte plus !

 

 

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Pour commencer, place à l'honnêteté : entre ma Kobo et moi, les choses sont plutôt parties du pied gauche. La première que j'ai reçu a fonctionné en tout et pour tout... 24 heures ! Lors de la première utilisation, la liseuse doit se connecter à un réseau Wifi pour se mettre en marche. L'opération avait parfaitement marché mais le lendemain, sans que je ne lui demande rien, la petite coquine a décidé de se réinitialiser toute seule et n'a plus jamais voulu se connecter à un réseau Wifi quel qu’il soit, privé comme public. Et sans cette première connexion, impossible de l'utiliser... J'ai donc été faire la queue au SAV de la FNAC, blindé en cet "après-fêtes" de fin d'année. La panne a rapidement été constatée par la FNAC qui me l'a échangé sans discuter (encore heureux). Comme je suis chiante (enfin juste ce qu'il faut hein... ;), j'ai exigé que la boîte soit ouverte devant moi et le test Wifi réalisé directement dans la boutique. Hé bien j'ai bien fait ! Loin de moi l'idée de jeter la pierre au SAV (l'erreur est humaine) mais contrairement à ce qui était indiqué sur la boîte, la liseuse qu'on m'a rapporté n'avait plus le dos couleur bleue... mais gris ! Pas vraiment ce que je voulais... Après s'être confondu en excuses, j'ai enfin obtenu une liseuse parfaitement opérationnelle et que j'utilise tous les jours sans le moindre problème. D'après mes recherches, la petite déconvenue que j'ai subie est rare (Mademoiselle Pas de Chance, c'est moi !) et les liseuses Kobo sont de bons produits même si on est pas à l'abri d'un petit défaut de fabrication. C'est dit !

 

 

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~ LES AVANTAGES D'UNE KOBO GLO ~

 

 

~ LA TECHNOLOGIE E-INK ET LE RETRO-ECLAIRAGE ~

 

 

 

 

Après cette anecdote plutôt rigolote après coup, j'ai pu découvrir ma liseuse comme je le souhaitais et je dois bien admettre que j'en suis dingue ! La Kobo Glo, c'est d'abord un format très pratique et un écran qui ne fait pas mal aux yeux grâce à la technologie "e-ink" qui donne l'impression de lire une vraie feuille de papier. Moi qui suis sujette à des migraines ophtalmiques, ce point était essentiel pour moi et je dois dire que le confort à l'usage est vraiment incroyable. C'est bien simple : on a l'impression de lire la page d'un livre qui serait placée juste derrière une vitre (les reflets en moins !). La résolution de l'écran est vraiment impressionnante et le rétro-éclairage est sûrement l'une des meilleures inventions créées sur ce genre de technologies : ce n'est pas l'écran qui est naturellement éclairé (comme c'est le cas pour un PC par exemple) mais une petite diode qu'on contrôle nous-mêmes grâce à un petit bouton situé sur le dessus de l'appareil. La luminosité peut être baissée ou augmentée en un clin d'oeil. Grâce à cette lumière intégrée, on peut lire dans le noir ce qui est super pratique... et économique ! Moi qui ai l'habitude de lire avant de me coucher, peu importe l'heure qu'il est (et souvent très tard vus mes horaires de travail !), j'étais souvent obligée de me restreindre de peur que la facture d'électricité explose tous les compteurs. Maintenant, je n'ai plus à me soucier de ça et ça peut sembler léger comme argument mais j'en suis ravie (et ma facture EDF aussi).

 

 

 

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~ AVOIR UNE CENTAINE DE LIVRES... DANS LA POCHE ! ~

 

 

 

Autre avantage à souligner même s'il semble d'emblée évident : LE GAIN DE PLACE ! Chez moi, c'est une véritable caverne d'Ali Baba. Il n'y a plus un seul endroit où caser un livre tant ma bibliothèque est remplie. Or, lire est une véritable passion et comme je me refuse à me débarrasser des livres que j'aime, à part en vivant dans une (vraie) bibliothèque, ce problème me semblait plutôt insoluble.... Jusqu'à ce que j'ai ma Kobo. Je trouve assez incroyable qu'un objet aussi "small" puisse contenir des centaines de livres. Et on a beau dire, quand on est un gros lecteur, ça a clairement son avantage. La prochaine fois que je partirai en voyage, je n'aurai pas à me plaindre de ma valise déjà trop petite et occupée pour moitié par mes livres ! (à moi les jupes, maillots de bains et autres petits tops qui retrouveront leur place dans mes bagages ;)) Ces nouvelles technologies ont donc un atout pratique indéniable et après les avoir dédaigné pendant des années, je suis bien obligée de le reconnaître maintenant que j'en profite pleinement.

 

 

 

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~ UNE BATTERIE... QUI TIENT LA ROUTE LONGTEMPS ! ~

 

 

 

Autre détail qui a une immense importance pour moi : la batterie. J'avais toujours imaginé qu'à l'image d'un Net Book ou d'un PC, la batterie de ce genre d'appareils ne ferait pas long feu (surtout pour une boulimique de la lecture comme moi qui peut lire plusieurs heures par jour !). Devoir "alimenter" ma liseuse tous les deux jours aurait été, le cas échéant, un gros frein à ma consommation de l'objet (à l'image des Smartphones d'aujourd'hui... Grrr). Mais c'était sans compter sur ma Kobo et sa technologie qui me permet de lire chaque jour sans que la batterie ne me joue des tours. Je la recharge en général une fois par mois pour une utilisation quotidienne... C'est dire à quel point elle tient la route, pour mon plus grand bonheur ! La mémoire est quant à elle assez phénoménale : près de 1400 livres peuvent être stockés grâce aux 2 GO de mémoire mais une carte SD peut être ajoutée si besoin. Moi qui tourne avec une trentaine de livres en stock, je suis déjà aux anges ! Pour transiter mes livres électroniques dans ma liseuse, je me sers pour ma part du logiciel gratuit Calibre, très simple et pratique d'utilisation. Même si vous supprimez les livres numériques de votre liseuse, ils restent accessibles sur Calibre dans votre bibliothèque et vous les retrouvez en un clic !

 

 

 

~ DES FONCTIONNALITÉS ET DES OUTILS APPRÉCIABLES ~

 

 

 

Depuis qu'on m'a offert ma Kobo, j'ai l'impression de participer à un marathon de lecture en permanence ! J'ai toujours lu énormément mais ma consommation a largement augmenté depuis que j'utilise une liseuse. Je ne m'explique pas ce phénomène même si je ne semble pas être la seule à en souffrir ;) Hormis ça et sans doute parce que je suis une vraie fille (joke), les petits gadgets intégrés me plaisent particulièrement : on trouve un dictionnaire intégré, il y a évidemment une fonction marque-page qui permet de retourner en un clin d'oeil à l'endroit où on s'était arrêté dans la lecture, on peut augmenter ou diminuer sans difficulté la police de l'ouvrage et on peut même annoter certains passages. Je crois que cette dernière fonction est de loin ma préférée : moi qui n'ai jamais pu gribouiller un livre de ma vie mais qui passe un temps fou à relever des citations et à les écrire à part, la Kobo permet de les surligner à même le texte et de les retrouver en un clin d'oeil. J'adore !

 

 

 

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Alors oui, c'est vrai : on n'a plus le bonheur de sentir les pages sous nos doigts ni de sentir l'odeur du livre. Mais cela ne m'empêche pas de relire régulièrement des livres au format papier... ni d'en acheter ! Parce qu'il n'y a pas de petites économies, je compare toujours les prix entre version papier et format epub avant d'acheter et la version papier reste parfois moins chère. Comme beaucoup de personnes, il y a plusieurs années, je pensais que ce genre de technologies risquait de causer la perte du livre papier. Et même si j'en suis devenue consommatrice aujourd'hui, je ne pense pas que cela soit possible. Les éditeurs, d'ailleurs, sortent désormais pour la plupart leurs manuscrits en version papier ET électronique et tirent ainsi leur épingle du jeu. Conclusion : c'est comment déjà le proverbe ?! "Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis", c'est ça ? Je suis définitivement une amoureuse des mots et des livres et je crois que c'est quelque chose qui ne changera jamais... Quelque soit le support.

 

 

 

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Et toi lecteur, que penses-tu de la liseuse comme support de lecture ?
Un sacrilège ou quelque chose que tu peux envisager ?
Tu pratiques déjà le e-book ?


 

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 17:15

 

 

Hello mes petites douceurs !

 

 

Il y a quelques jours, on m'a proposé de découvrir en exclusivité le nouveau roman de Mathias Malzieu, Le plus petit baiser jamais recensé, à paraître le 20 mars prochain. Hasard du calendrier, je vous parlais il y a quelques temps seulement de cet artiste que j'aime énormément et de ses livres qui m'émeuvent un peu plus à chaque fois, un peu comme si chacun de ses mots avait le pouvoir de me toucher en plein cœur. Évidemment, je n'étais pas sans savoir qu'un nouveau roman était en préparation mais j'ignorais qu'il s'apprêtait déjà à sortir ! Impossible de refuser une invitation aussi alléchante, aimantée par l'annonce d'une nouvelle lecture de ce grand Monsieur. Le 20 mars au matin, j'aurai fait le pied de grue devant la librairie comme une petite fille aux yeux remplis d'étoiles devant les grilles de Disneyland pour repartir avec cette (potentielle) pépite. Et voilà qu'on me proposait de le découvrir avec quelques jours d'avance. C'était comme d'agiter une tablette de chocolat sous le nez d'un drogué aux petites douceurs ! Je me suis donc glissée dans ce livre le cœur battant, comme dans une couverture bien chaude. Avant de l'ouvrir, je ne pouvais m'empêcher de me dire que le pari était risqué : j'avais adoré de manière incontestable Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, La mécanique du cœur et Métamorphose en bord de ciel. Etait-il possible d'être portée une fois de plus par l'écriture et l'univers enchanté de ce grand auteur ? Si son talent n'était certainement plus à démontrer, je me demandais si la magie serait une fois de plus au rendez-vous de mon côté. Après ne pas avoir lâché ce roman une seule seconde et laissé à mon cœur le temps de reprendre son rythme normal, je vous en parle enfin.

 

 

      

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La jolie couverture créée par la photographe Lisa Carletta
tranche singulièrement avec ses œuvres précédentes

 

 

 

D'abord, un baiser volé. Mais pas n'importe lequel. LE plus petit baiser jamais recensé. Un "inventeur-dépressif" - comme il se qualifie lui-même ! - est touché un soir par la grâce d'une fille à qui il vole un baiser en ayant à peine aperçu son visage (mais sans douter de son immense beauté). L'impact est aussi fulgurant que délicieux mais avant même qu'il ne puisse le réaliser, la jeune fille "un peu trop jolie" devient invisible et disparaît littéralement sous ses yeux. Pour retrouver cette apparition et goûter une seconde fois à ses lèvres si délicieuses, il va devoir déployer des trésors d'ingéniosité, d'imagination... et de créativité ! Aidé par Louisa, son adorable pharmacienne jamais à cours d'ordonnances de conseils magiques et de sourires rassurants, de Gaspard Neige, un étonnant mais attachant détective privé spécialisé dans la disparition des filles un peu trop belles et de son fidèle acolyte Elvis, un perroquet aux talents très spéciaux, notre inventeur va tout mettre en œuvre pour retrouver celle qui a provoqué un véritable cataclysme dans son esprit et dans son cœur, et cela en quelques secondes seulement !

 

 

Mais comment retrouver quelqu'un dont on a effleuré que les lèvres ? Comment traduire de manière tangible ce que l'on ressent quand tout n'est qu'émotion et sensations sublimées ? Comment expliquer (et retrouver !) ce qui ne s'explique pas ? La magie, la surprise, la fragilité et surtout l'insaisissable d'un coup de foudre ? Partant de rien ou peut-être au contraire de l'essentiel (un souffle asthmatique en ré mineur, des cheveux "comme on monte les œufs à la neige" et surtout le goût de "fruit rouge électrique" de son baiser), le héros va se lancer dans une (en)quête incroyable pour retrouver cette fille invisible qui fait manquer des battements à son cœur. Mais comment vivre avec un fantôme de fille en guise de compagnie ? Et s'il n'y avait plus jamais de second "plus petit baiser recensé" ? Plus jamais de baisers tout court d'ailleurs ? Et si un baiser pouvait sauver une vie ? Si vous aviez vraiment la chance d'échanger le baiser le plus irrésistible qui soit avec quelqu'un mais que cette personne disparaissait dans la seconde, ne mettriez-vous pas tout en œuvre pour déplacer des montagnes, la retrouver et être à ses côtés ? Pour pouvoir embrasser à nouveau Sobralia (le joli nom de la fille qui disparaît quand on l'embrasse) sans vraiment le faire mais en en ressentant toutes les exquises sensations, le jeune homme déjà blessé par l'amour va, tel un alchimiste, créé un chocolat qui ressemble en tous points au délicieux souvenir qu'elle a laissé sur ses lèvres... Le goût significatif d'un baiser furtif mais inoubliable. Une "chocolisation" riche en goût et en surprises qui va rapprocher nos deux héros.

 

 

 

"Lorsque j'avais perdu ma mère, il m'avait fallu l'aide d'un géant de 4 mètres 50 pour commencer à aller mieux. Je suis un sous-doué du deuil. La peau à l'intérieur de mon cerveau est constellée de bleus qui ne s'effacent jamais. Je suis un homme-grenier. Je garde tout. Si on plantait une caméra au cœur de ma mémoire, on pourrait reconstituer ma vie, comme dans un studio de cinéma. De la joie sauvage à la colère noire en passant par la fréquence d'un battement de cils, tout est intact. Ce que je croyais être le monde s'était écroulé au début de l'année. Le choc se répercutait encore et encore. Le manque et la sensation d'injustice explosaient mes boussoles. J'avais l'impression de rétrécir, de devenir transparent. Depuis, je ne savais plus ni ce que je voulais, ni ce que je valais.
Jusqu'à ce que je frôle la fille qui disparaît quand on l'embrasse."

(p 25)

 

 

Habitué aux personnages un brin saltimbanque et aux aventures par delà les frontières, Mathias Malzieu nous propulse une fois de plus dans un univers haut en couleurs (et en saveurs !) dans les rues d'un Paris quelque peu amélioré (venez donc vous promener avec le héros rue de la Croquette ou Place de la Pastille...!). Avec bonheur et nostalgie, on retrouve les références et autres petits rappels au succès de ces précédents romans : cette poésie et ce jeu sur les mots si émouvants et qui n'appartiennent qu'à lui (le héros vit dans un "appartelier", on observe des "floconfettis", on se colle des "sparadramours" et on se laisse hypnotiser par des "fée-romones" astucieuses...!) et, bien sûr, toujours ce goût prononcé pour les êtres cabossés, imparfaits, mais si profondément humains... Dans La mécanique du cœur, le héros rêvait d'aimer et pensait que son cœur-horloge ne le supporterait pas. Ici, c'est une héroïne qui souffre physiquement de trop aimer. C'est beau, sensible, intelligent et extrêmement puissant. La magie et le fantastique occupe comme souvent le devant de la scène et on se plaît à rêver que des chocolats si magiques existent réellement pour rapprocher les êtres qui n'ont pas la chance d'être ensemble (de quoi combler tous les amoureux du monde séparés par la distance...).

 

 

Mais ce roman superbe n'est pas seulement une ode à l'amour. Il y est aussi question de la peur d'aimer, d'être aimé et surtout d'être abandonné. J'ai vu dans cette histoire de fille qui disparaît quand on l'embrasse une véritable et merveilleuse métaphore de la fuite en avant. Car si l'amour est puissant, transcendant et dépassement de soi, il peut aussi être terreur, blocage et paralysie. Trop abîmés par l'amour, certains préfèrent devenir invisible et se cacher, de peur d'être aimés... et délaissés. Avoir eu le cœur en miettes empêche souvent d'embrasser à nouveau les sentiments à bras le corps et d'écouter son cœur.

 

 

 

"Puis je suis tombée amoureuse. Plus j'aimais, plus je disparaissais longtemps. Jusqu'à ce que je me retrouve passionnément amoureuse et invisible en continu. Au début, il a aimé ce mystère. Il devait croire que ce côté insaisissable faisait partie de mon charme. Mais à force de me voir disparaître trop longtemps, il s'est lassé. Je sentais qu'il me fallait réapparaître pour ne pas le perdre. J'ai fini par y arriver, mais trop tard. Le temps était passé. Il m'avait un peu oubliée. Après tous ces combats, je ne lui faisais plus le même effet. Je crois que c'est ce qui m'a le plus marquée. Réapparaître après m'être tellement battue pour ça, et avoir l'impression de n'avoir jamais existé."

(p 58 – 59)

 

 

 

Dans ce petit chef-d'oeuvre, Mathias Malzieu nous parle de la difficulté de se relancer, de tout recommencer une nouvelle fois. Plus que ça : de la peur de renouer avec la profondeur de "ces trous d'obus qui nous servaient de cœur" et qui commençaient à peine à se reboucher. Mais comment se relever d'une histoire d'amour qui a compté et comptera probablement toujours ? Avec sa plume magique et aiguisée, il nous rappelle à quel point le bonheur est fragile, capricieux, effrayant aussi mais qu'il faut savoir le saisir malgré tout. Pris entre deux feux lorsque son "ex-pâtisserie préférée" réapparaît dans le paysage, le héros tiraillé entre un présent fantomatique presque-parfait et un passé bien tangible aux ombres imparfaites devra pourtant faire un choix, difficile mais nécessaire...

 

 

 

"Avant l'aventure avec la fille invisible, j'avais perdu la guerre mondiale de l'amour. Je n'avais ni compris ni accepté ce qui m'était arrivé. Depuis, mon passé décomposé était bloqué dans mon présent, et les fantômes prenaient plus de place dans mes draps et mes bras que les êtres vivants."

(p 18)

 

 

 

A la seconde où j'ai refermé ce livre, j'ai eu envie de le lire une seconde fois (ce que je me suis d'ailleurs empressée de faire). Je ne pensais pas que cela serait possible mais j'avais devant moi un digne successeur à La mécanique du cœur, un de mes romans préférés au monde ! Il était impossible à mes yeux que Mathias Malzieu écrive un jour un autre roman qui me bouleverserait autant que ce dernier. C'est pourtant chose faite... Dès le premier chapitre, j'ai été conquise par ce baiser si magique, si vivant, si vibrant qu'on croirait le vivre littéralement. Et la suite n'est qu'enchantement. Ce livre empreint d'une mélancolie et d'une fragilité ambiante autour de la perte de l'être aimé et la peur de se perdre à nouveau dans l'amour m'a, je l'avoue, émue aux larmes.

 

 

 

"C'était à la fois effrayant et rassurant de se confronter à quelqu'un d'aussi extraordinairement abîmé par l'amour. Un monstre de mélancolie qui se fait peur au point d'accepter sa condition de fille invisible... Ses souffrances résonnaient avec les miennes et je me blottissais dans cet écho. Comme elle, je présentais un terrain miné par l'explosion amoureuse. Peut-être que si elle savait à quel point nos angoisses se rejoignaient, elle se détendrait un peu. A moins que ça la fasse fuir encore plus vite. Nous avions en commun cette prédisposition à la passion, pour le meilleur et pour le pire."

(p 63)

 

 

 

Si de nostalgie, ce roman n'en manque pas, il ne faut pas laisser de côté non plus l'humour ravageur et la complicité entre les personnages, sans oublier la magie, tant dans l'histoire que dans l'écriture de Mathias Malzieu. J'ai trouvé cette nouvelle œuvre tout simplement sublime et savoureuse à tous points de vue. Cette histoire de personnages abîmés par l'amour et par la vie à qui on a coupé les ailes a trouvé un écho en moi. Une jolie phrase du livre dit qu'on "est vite oublié quand on est invisible"... Je crois que de nombreux lecteurs s'identifieront et se retrouveront sans difficulté dans cette intrigue follement humaine. Chaque fois que je lis un livre de Mathias Malzieu, je me demande comment des choses si belles et si fragiles peuvent germer de l'esprit d'un seul homme. C'est si beau que cela relève du prodige... Pourquoi un amour vole en éclats, pourquoi certaines personnes entrent dans notre vie et en ressortent, on en saura probablement jamais rien. Mais dans ce livre féerique, il distille quelque chose qui n'a pas de prix : de l'espoir... Un livre à déguster littéralement, semblable à un vrai petit bonbon ou mieux : à un chocolat fondant sur la langue.

 

 

 

En aparté ~

 

 

 

"Si je parvenais à rendre ce bonbon suffisamment magique pour que nous ayons l'impression de nous embrasser sans avoir à nous toucher, j'aurais la réponse à la fameuse deuxième question, voire à la troisième. Et du coup, peut-être que les peurs inhérentes à la premières seraient moins fortes. Le défi était le suivant : changer le chocolat en véritable baiser. Pas seulement un bonbon au goût de baiser : le substitut absolu. Quelque chose qui serait de l'ordre de la télépathisserie. S'embrasser à distance par l'intermédiaire d'un chocolat !"

(p 93)

 

 

Le chocolat a un rôle si important dans ce roman rempli de délice qu'il était impossible pour Mathias Malzieu, habitué aux partenariats de génie avec des artistes de tous bords, de ne pas envisager de prolonger l'aventure hors les pages ! Sylvain Blanc, pâtissier-chocolatier de renom à la tête de la maison Hugo et Victor (avec son ami et acolyte Hugues Pouget) s'est prêté au jeu et a véritablement créé le fameux "baiser" du livre. Au programme : un petit dôme délicat à la couleur rouge pétillante, fourré d'un caramel à l'orange sanguine et d'une meringue fleur d'oranger qui éclate en bouche comme un baiser passionné, le tout présenté dans une boîte ressemblant à s'y méprendre à un magnifique carnet Moleskine révélant son secret. Allier littérature et gourmandise... Ceux qui me connaissent bien savent qu'il n'en fallait pas plus pour faire battre mon cœur à toute vitesse !

 

 

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Pour avoir eu la chance de déguster ces chocolats d'une finesse rare, je n'irai pas par quatre chemins : c'est une véritable tuerie. Testeuse aguerrie de gourmandises en tout genre, je peux dire honnêtement n'avoir jamais rien goûté de tel. De ces chocolats remplis de délicatesse (et sans doute de beaucoup d'amour), la gourmande qui est en moi se damnerait volontiers pour en gagner son poids ! (oui, j'aime me faire du mal avec des rêves irréalisables ;)) Pour les curieux (et les gourmands évidemment !), ces chocolats "plus puissants qu'une armée de coups de foudre" seront en vente sur le site web de Hugo et Victor ainsi que dans leurs boutiques dont l'une se trouve Boulevard Raspail, à deux pas de l'hôtel Lutetia.

 

 

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Parce que les baisers sont encore meilleurs quand ils sont partagés,
je n'ai décemment pas pu résister...

 

 

 

 

Pas d'homme fort dans votre vie pour vous serrer dans ses bras ?! Un livre de Mathias Malzieu (celui-ci de préférence si vous voulez une grosse pincée d'amour et d'émotions en guise d'accompagnement) et une boîte de ces chocolats divins - véritables plus petits baisers recensés - et vous verrez, comme une évidence, que le coup de foudre est définitivement au rendez-vous...

 

 

 

 

Le plus petit baiser jamais recensé
De Mathias Malzieu
Aux éditions Flammarion 
A paraître le mercredi 20 mars 2013
17,50 

 

 

 


Et toi lecteur, prêt à te lancer dans cette nouvelle aventure
magique et envoûtante made in Mathias Malzieu ?
    


 

 

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 18:07

 

 

Hello mes petites pages noircies à la plume !



J'ai terminé il y a quelques heures seulement un livre puissant, bouleversant, dont il m'est impossible de ne pas vous parler immédiatement, poussée par une urgence que j'ai rarement connu. Après moins de 48 heures en tête à tête, j'ai refermé Rien ne s'oppose à la nuit - sublime roman de Delphine de Vigan que j'ai d'ailleurs eu du mal à quitter le temps d'une nuit - le cœur battant. Un coup de foudre littéraire et confirmé, déjà amorcé suite à la lecture de No et moi, merveilleux petit roman de l'auteure que j'avais déjà dévoré. Dans ce livre sur fond d'autobiographie, Delphine de Vigan raconte ce jour de janvier où elle a retrouvé sa mère, Lucile, morte des suites de son suicide à l'âge de 61 ans. La souffrance, évidente, mais surtout la volonté de comprendre ce geste et de rendre hommage à cette maman écorchée vive et blessée par la vie dès son plus jeune âge. L'occasion de questionner la grande fratrie de Lucile, de partir à la recherche des souvenirs, de s'interroger sur la vie de celle-ci, sur la petite fille qu'elle était et sur la jeune femme perturbée qu'elle est devenue. Une question comme guide ultime : à quel moment la douleur s'est-elle insinuée en elle pour ne plus jamais la quitter ? Où est passée la jolie petite blondinette solaire sur laquelle tout le monde se retournait ? Pourquoi Lucile s'est-elle subitement renfermée sur elle-même, frappée par des crises bipolaires qui la conduiront à plusieurs internements en psychiatrie ? Ces réponses nous seront apportées en temps et en heure, avec beaucoup d'émotion et de force. C'est un livre sublime que nous offre l'auteure, une histoire à la fois forte et fragile sur la famille, la sienne certes, mais aussi sur les nôtres... Et c'est peut-être bien dans cette nuance que se cache toute la force de ce petit chef-d'oeuvre. Autopsie d'une vie brisée qui, derrière les réunions de famille hautes en couleurs, les sourires de chacun et les personnalités fantasques cache aussi ses fêlures...



 

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Rien ne s'oppose à la nuit, je me lance... Ou pas ?

 

 

 

Partagé en trois parties, Rien ne s'oppose à la nuit est un véritable témoignage sur la mémoire familiale. Tout au long de la lecture, Delphine de Vigan nous fait part de ses peurs qui la tiraillent, de ces cauchemars qui la hantent et la réveillent la nuit. De sa difficulté à aller au bout de ce projet qu'elle a entrepris mais qui la torture et qu'elle ne peut pas abandonner, paradoxalement. Car comment raconter sa famille, SA version de l'histoire sans blesser certaines personnes au passage, sans heurter quelques sensibilités ? Alors elle tâtonne, revient en arrière, est souvent touchée par le syndrome de la page blanche. Ce livre, elle en accouchera au sens littéral du terme. Difficile de ne pas se mettre à sa place et de ne pas comprendre ses émotions tant l'entreprise s'avère difficile et touchante... D'une précision presque chirurgicale, elle opérera un travail minutieux et incroyable pour rendre cet hommage à sa mère et pour mieux la comprendre : interviews des différents membres de la famille, étude des différents carnets laissés par les uns et par les autres, écoute des différents enregistrements familiaux. De quoi mettre la lumière sur la personnalité de sa mère mais aussi et surtout sur des secrets de famille aussi bouleversants qu'impensables. A la manière d'une archéologue qui s'interrogerait sur une époque qu'elle n'aurait pas connue, Delphine de Vigan va opérer un long cheminement pour comprendre le geste de la fragile Lucile, pour comprendre ce qui ne s'explique pas, pour mettre des mots sur l’innommable.

 



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Delphine de Vigan



Même en l'ayant lu, il semble difficile de parler de ce livre infiniment intime sans le trahir. C'est d'ailleurs une question que se posera l'auteure durant toute son écriture : a t-on le droit de tout dire, même le plus personnel ? Sa famille pourra-t-elle tout lire, tout entendre ? Et surtout tout accepter ? A sa démarche, elle va choisir d'y mettre les formes pour ne pas heurter les uns et les autres, ayant à cœur de respecter les souvenirs et les idées de chacun. Au cœur d'une première partie très romanesque et fort bien écrit, on fait connaissance avec Lucile, jolie fillette qui prêtera son visage à de nombreuses campagnes de publicité parisienne et toute la (grande) famille Poirier, composée de neuf enfants : la place de chacun dans cette joyeuse fratrie, les personnalités des uns et des autres, les vacances ensoleillées dans la maison familiale de Pierremont qui rassemble et rassemblera pour longtemps toutes les générations. Ce charmant début du livre nous montre la vie d'une famille nombreuse dans les années 60, avec en son cœur la discrète Lucile, adorable fillette au visage d'ange. Nous allons la voir grandir, devenir une adolescente puis une femme, jusqu'à devenir mère à son tour. Le témoignage prend alors un tournant puisque désormais, Delphine peut réellement raconter sa mère et ses souvenirs avec cette femme fantasque alternant épisodes heureux et perturbés, bien-être relatif et dépression, jusqu'à être soumise à des crises bipolaires qui ne la quitteront presque plus. Grâce à son "enquête", l'auteure va pouvoir mettre des mots sur les maux de sa mère et mieux cerner celle qui devient par moment une étrangère pour elle mais qui garde toujours au fond d'elle-même le visage de cette petite fille souriante et lumineuse qui ne laissait personne indifférent...

 



"J'ai pensé qu'être adulte ne prémunissait
pas de la peine vers laquelle j'avançais,
que ce n'était pas plus facile qu'avant,
quand nous étions enfants,
qu'on avait beau grandir et faire son chemin
et construire sa vie et sa propre famille, il n'y avait rien à faire,
on venait de là, de cette femme :
sa douleur ne nous serait jamais étrangère."

 



En me plongeant dans ce livre qui m'a ému comme rarement, cette citation de Tolstoï que j'adore m'est revenue en mémoire : "Les familles heureuses se ressemblent toutes. Les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon.". Dans le souci d'honnêteté qui est le sien en écrivant ce livre, Delphine de Vigan ne noircit pas le tableau mais ne minimise pas non plus les faits. Ce témoignage criant de vérité mais surtout d'amour ne l'empêche pas d'être sincère et de révéler les zones d'ombre que toutes familles possèdent. Derrière cet hommage fort et vibrant qu'elle rend à sa maman, elle nous montre que sa famille est semblable à toutes les familles du monde : faite de lourds secrets, de failles et de douleurs qui traversent les générations. On a beau cherché à taire les faits et organiser des réunions de famille chaleureuses, les blessures, les rancoeurs et le ressentiment sont toujours là et n'en ont que faire... Dans son premier livre, Jours sans faim, Delphine de Vigan racontera d'ailleurs son année dans l'enfer de l'anorexie, maladie qui n'est sans doute pas sans rapport avec les troubles que vivaient sa mère en parallèle. Elle dira d'ailleurs avec justesse dans Rien ne s'oppose à la nuit : "J'ignore comment ces choses (l'inceste, les enfants morts, le suicide, la folie) se transmettent. Le fait est qu'elles traversent les familles de part en part, comme d'impitoyables malédictions, laissent des empreintes qui résistent au temps et au déni.". Nul doute que ces douleurs nous touchent et nous transforment littéralement, que l'on tente de s'en détacher ou non.


Finalement, j'ai été bouleversée par ce livre qui nous montre l'importance de savoir d'où l'on vient même si ces révélations possèdent leur part d'ombre. Le travail de recherche et de mémoire, cette volonté de ne trahir ni les faits, ni les souvenirs de tout un chacun, ni les êtres dessinés en filigrane est assez admirable. Certains penseront peut-être que le linge sale ne se lave pas en public mais malgré le côté infiniment personnel de l'histoire, j'y ai surtout vu une merveilleuse manière de se rapprocher enfin de sa mère, par delà la mort. Nul voyeurisme au programme ni jugement, juste des mots choisis, pensés, étudiés pour guérir d'un passé trop lourd, et cela sans règlement de compte et en respectant la vision de chacun sur les faits évoqués. Ces mots choisis semblent avoir opéré mieux qu'une thérapie : une délivrance... Le titre, que je trouve sublime, rappelle que lorsque quelqu'un se trouve dans l'obscurité des ténèbres, personne ne peut le ramener dans la lumière... J'ai été émue par ce récit brut et en même temps si travaillé, fort et courageux. Ce livre qui dépasse (et de loin) la simple histoire familiale permet de comprendre que toutes les familles sans exception possèdent leur part de tragédie. Que nous sommes faits de nos parents et de rien d'autres, qu'ils mettent le meilleur en nous mais aussi le pire et que nous sommes aussi faits de leurs blessures les plus ancrées.

 

 

 

Et toi lecteur, déjà lu Rien ne s'oppose à la nuit ?

Si ce n'est pas encore le cas tu peux foncer sans crainte !

 

 


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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 17:30

 

 

Hello mes petits marque-pages colorés !



 

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Il est des auteurs et des œuvres qui nous touchent parfois en plein cœur, véritable coup de foudre au nom de l'Art, et c'est bien souvent de ceux-là qu'il est le plus difficile de parler... Car comme le dit l'expression consacrée : "l'amour ne s'explique pas...". Je suis tombée amoureuse (artistiquement parlant cela s'entend ;)) de Mathias Malzieu à deux reprises. La première il y a une dizaine d'années, quand mon frère m'a fait écouter la chanson "Song for Jedi" du groupe Dionysos dont Mathias est aussi le chanteur. Tout, de la musique aux paroles, résonnait en moi. J'ai donc grandie avec les textes de ce groupe que j'adorais et qui ne cessait de m'étonner. Quelques années plus tard, en pleine frénésie de lecture, j'apprends que Mathias Malzieu vient de sortir un roman, Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, dont la critique fait l'éloge. Je l'achète, le savoure. Second coup de foudre : il me transporte et me touche (le livre, hein ;)). Je me dis que cet homme brillant n'a décidément pas son pareil pour toucher les gens en plein cœur.

 

 


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Impression qui sera confirmée en 2007 à la sortie du roman La mécanique du cœur, véritable petit bijou littéraire devenu depuis l'un de mes livres préférés. Difficile de ne pas succomber à l'univers onirique et aux personnages fantastiques et hors du commun qui prennent vie sous la plume de cet auteur. Fan absolue de Burton et de Lewis Caroll, la comparaison s'impose d'elle-même tant ces romans sont dans la même veine que les oeuvres de ce cinéaste et de cet écrivain talentueux. Les mêmes univers sombres, la même magie qui transporte... Luc Besson, qui a racheté les droits, réalisera d'ailleurs une adaptation cinématographique de La Mécanique du cœur courant 2013. Dire que j'ai hâte de voir le résultat est un très petit euphémisme ! Avec un peu de retard et pourtant beaucoup d'impatience, j'ai enfin lu Métamorphose en bord de ciel – le troisième roman de Mathias Malzieu. Je me demandais, avec une pointe d'appréhension, s'il était possible d'être toujours aussi séduite par le style de l'auteur... Aujourd'hui, j'ai ma réponse !



 

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Métamorphose en bord de ciel... Ça dit quoi ?

 



Tom "Hématome" Cloudman est sans conteste le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige involontairement comiques le propulsent au sommet de la gloire. Jusqu'à ce qu'un médecin qui le soigne pour une énième fracture décèle chez lui une maladie incurable. Commence alors pour Tom un long séjour hospitalier pour tenter de venir à bout de ce qu'il appelle "la betterave". Lors d'une de ses déambulations nocturnes dans les couloirs de l’hôpital, cet homme qui a toujours rêvé de voler rencontre une étrange créature, mi-femme mi-oiseau, qui lui propose le pacte suivant : "Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, mais cela ne sera pas sans conséquences. Pour déclencher votre métamorphose, vous devrez faire l'amour avec moi. De cette union naîtra peut-être un enfant. Un risque à accepter."

 



Métamorphose en bord de ciel, je me lance... Ou pas ?

 

 

 

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Depuis l'enfance, Tom n'a qu'un seul et unique rêve : s'élever dans les cieux. Dans son cercueil roulant (un signe prémonitoire ?), il sillonne villes et pays et ravis les spectateurs de ces spectacles hors du commun faits de chutes et de cascades catastrophiques. Qu'importe s'il se fait mal : il ne vit que pour les applaudissements et les sourires de ses spectateurs qui lui réchauffent le coeur ! De place de villages en place de villages, Tom fait rire et amuse son public, tant et si bien que sa notoriété et son surnom, "le plus mauvais cascadeur du monde" dépassent les frontières... Mais un jour, le jeune homme fait une énième mauvaise chute qui elle, s'annonce fatale. Cloué sur un lit d'hôpital et privé de ses spectacles et de ce qui l'enchante, les médecins lui apprennent qu'il ne lui reste que peu de temps à vivre. Cabossé par des années de chutes et de cascades extrêmes, Tom n'aura plus jamais l'occasion de s'élever dans les airs. La "betterave" qui grandie en lui (entendez un cancer de la moelle épinière) ne lui laissera plus jamais l'occasion de flirter avec les nuages. Et ses rêves de s'effondrer...

 

 

Lui qui ne vivait que pour ses cascades ratées et pour le public qui l'adulait, il découvre désormais un univers froid fait de pas dans le couloir, de visages tristes et de lit qu'il faut garder sans discuter. Mais pour celui qui rêve de voler depuis l'enfance, difficile d'accepter cette fatalité qui s'impose à lui : la mort, inéluctable, au bout du chemin. Une nuit, alors qu'il erre dans les couloirs de l'hôpital pour voler les plumes des oreillers de ses voisins de galère (dans l'espoir d'en faire des ailes !), il tombe sur une véritable apparition : une femmoiselle (mi-femme mi-oiseau donc !), douce et gracieuse, répondant au joli nom d'Endorphine. Elle lui propose alors un pacte hors du commun : elle pourrait le sauver et réaliser son rêve le plus fou en faisant de lui un oiseau, mais il y a évidemment un prix à payer en retour... Pour parvenir à cette liberté, il devra lui faire un enfant et comprendre que l'homme qui est en lui disparaîtra probablement pour toujours, laissant place à l'oiseau. Difficile pour Cloudman (littéralement "l'homme-nuage") de résister à cette douce tentation : toucher le ciel du bout des ailes et laisser derrière lui la souffrance de la maladie et la peur...

 

 

 

"Un bruissement d'ailes.
L'oiselle tire une longue bouffée de cigarette.
Ses paupières ensevelissent ses pupilles,
comme les rideaux à la fin d'un spectacle de marionnettes.
Elle étend ses bras jusqu'au bout des doigts, plie ses genoux, 
cambre ses reins et repousse le sol de ses talons plus qu'aiguilles. 
Ses pieds graciles quittent le sol, ses ailes se déploient, balayant le nuage de fumée. 
 

Onctuosité absolue.

Les étoiles se penchent pour la regarder et se cognent aux angles des bâtiments.
Elle s'envole jusqu'au portique de sa balançoire, se perche sur la barre transversale.
La lune est en apnée, amoureuse."



Métamorphose en bord de ciel - p.63

 



Dans ce magnifique roman (le suspense et moi faisant deux, autant vous dire tout de suite que j'ai encore été transportée par cette histoire hors du commun !), nous nous retrouvons une fois de plus dans un lieu bien connu des livres de Mathias Malzieu : l’hôpital. Dans Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, il racontait la perte de sa maman, enlevée par un cancer, et toute la phase du deuil qui s'impose alors. J'ai lu ce livre le cœur au bord des lèvres, en silence et je l'ai quitté à pas de loup, comme on quitterait un temple sacré. Aujourd'hui encore, les sensations à la lecture de Métamorphose en bord de ciel sont du même effet. Dans ce roman, on retrouve donc à nouveau l'univers hospitalier qu'on pensait avoir laissé derrière nous et cette fois-ci, on le "vit" littéralement de l'intérieur : les journées qui s'étirent lentement, les murs d'un blanc sale qu'on contemple à longueur de journée, la nourriture écœurante, les médicaments qui coulent en intraveineuse, les conversations à voix basse... La sensation d'être emprisonné. On pourrait vite étouffer entre ces lignes et dans cet univers triste à souhait si l'écriture de Mathias Malzieu n'était pas si lumineuse et si puissante. Derrière le fantôme du cancer qui hante les pages du roman et ces êtres cassés par la vie, tout reste incroyablement beau et léger comme la plume d'un oiseau. L'écriture de ce grand auteur est toujours aussi imagée, pleine de métaphores enchantées et de bons mots qui s'imposent d'eux-même dans notre esprit. Lire un de ses livres, c'est entrer tout simplement dans un univers poétique et magique... Une expérience de lecture unique et hors du commun.



 

"J’ouvre les yeux. Le monde a changé.
Une odeur de soupe de cantine et d’éther remplace les exhalaisons d’automne.
Le bitume est devenu linoléum. Mon formidable cercueil, un simple lit.
(...) Ici, tout est beige et gris décati avec de grandes fenêtres sévères.
Chaque pas sur le linoléum fait le bruit d’un pansement qu’on arrache.
Les gens s’ennuient, pleurent, crient. Des proches apportent des fleurs,
un sourire cousu sur leur visage ; ils se débrouillent pour que
leurs larmes coulent à l’intérieur de leurs orbites.
Des blouses blanches aux gestes mécaniques hantent les lieux.
Bienvenue au service de cancérologie."

 



De ce roman bouleversant mais aussi délicieusement enfantin, difficile de ne pas y voir une métaphore de la mort bien sur, mais aussi de l'amour comme libération ultime. La maladie oblige Cloudman à renoncer à tout ce qui faisait sa personne : il n'est plus le même et disparaît petit à petit. La betterave emporte chaque jour un peu plus des morceaux de son être. Mais lorsqu'on est cloué dans un lit et que la maladie nous prend notre liberté, il reste toujours le pouvoir des mots et de l'imaginaire... En acceptant le pacte de la femmoiselle, Cloudman pourrait être libéré de ses souffrances et quitter ce lit qui emprisonne son corps et son âme. Il pourrait enfin voler, réaliser son rêve ultime, s'enfuir et tutoyer les cieux. En laissant derrière lui un enfant, c'est une preuve d'amour sans faille et une trace de son passage dans le monde des vivants qu'il offrirait : un cadeau inestimable... Quel sera son choix ? Je vous laisse le plaisir de le découvrir.

 

 

Pour ma part, la magie a opéré de nouveau et sans difficulté. Si le coup de foudre est moindre qu'à la lecture de La Mécanique du cœur, je suis quand même toujours aussi séduite par ces contes pour grands enfants plein de naïveté, faits d'images incongrues qui s'imposent à nous à la lecture et de métaphores toujours étonnantes. Ce regard enfantin sur le monde, ces êtres cabossés par la vie qui hantent les pages de ces romans ne peuvent qu'émouvoir. Ici, la mort est à chaque coin de couloir mais c'est l'amour entre les êtres et la volonté de réaliser les rêves de chacun que l'on retient. L'amour qui peut délivrer et sauver à bien des niveaux. Reste à savoir si nous serions prêts à perdre la personne qu'on aime pour qu'elle soit soulagée et enfin libre de ses maux... Mathias Malzieu a un don rare : celui d'évoquer des souvenirs et des parcours de vie empreints de tristesse mais d'être capable d'en faire des livres lumineux et plein d'espoir, petite bougie dans l'obscurité quand tout semble sombre... Un roman court somptueusement poétique qui se dévore littéralement, sublimé de surcroît par la grâce de l'illustration de couverture réalisée par le talentueux Benjamin Lacombe.

 



 

Et toi lecteur, déjà accro à l'écriture de Mathias Malzieu ?

Si ce n'est pas encore le cas, n'hésite pas à te lancer !

 

 



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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 17:45

 



Hello mes petits bibliophiles ! 

 

 

 

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De ma grand-mère maternelle, je garde l'image d'une femme pleine de grâce et de coquetterie. Une femme belle et forte, qui aimait faire du vélo et aller à la piscine. Jusqu'au jour où sa vie a basculé. A la suite de ce qui devait être une opération banale, elle s'est réveillée paraplégique. C'était dans les années 60 et je ne l'ai jamais connu autrement qu'en fauteuil roulant. Ça ne l'empêchait pas d'être belle et pleine de grâce mais son sourire affichait cette fragilité, cette cicatrice imparfaite (pour reprendre les mots de Marc Levy) propre aux gens qui ont vécu. A part sur ses photos de mariage, je n'ai jamais vu ma grand-mère sur ses jambes et je n'ai malheureusement pas eu la chance de passer suffisamment de temps avec elle pour connaître son ressenti sur sa vie et sur son handicap. Je sais par ma mère qu'elle ne voulait pas de cette vie-là et qu'elle a pensé mourir au début plutôt que de supporter ce calvaire quotidien. Puis, comme souvent, la vie a repris ses droits.

 



"Tout le monde s’habitue. C'est dans la nature humaine. On s'habitue à voir l'inhabituel, on s'habitue à voir des gens souffrir, on s'habitue nous-mêmes à la souffrance. On s'habitue à être prisonniers de notre propre corps.
On s'habitue, ça nous sauve."

 



Une vie qui reprend ses droits, c'est sans doute de cette manière que je définirais le mieux le livre de Grand Corps Malade. De lui, je connaissais bien sûr l'artiste et ses textes poétiques et incisifs pour lesquels j'étais tombée en amour : les magnifiques "Voyages en train" par lesquels je l'avais découvert, puis "Rencontre", "Roméo kiffe Juliette" et de loin ma préférée, "Comme une évidence". De son nom de scène et de la béquille qui ne le quittait jamais, je devinais une histoire personnelle atypique, sans doute un accident sans (trop) grande gravité. En lisant Patients, j'ai découvert l'homme caché derrière l'artiste que j'admirais déjà beaucoup.

 



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C'est après un mauvais plongeon dans une piscine pas assez remplie que Fabien va se réveiller en réanimation, "tétraplégique incomplet". Les médecins annoncent à ses parents qu'il ne retrouvera probablement jamais l'usage de ses jambes. Paralysé, le couperet tombe. Pourtant, après un an de lutte et de travail acharné dans un centre de rééducation, Grand Corps Malade retrouvera l'usage de ses membres. Dans son livre, il partage avec nous et avec une grande simplicité son quotidien dans ce centre, les rencontres (bonnes comme mauvaises) avec le personnel hospitalier et les autres patients qui l'aideront et le sauveront sans doute à plus d'un titre. Une tranche de vie qui le changera à tout jamais. La force de ce récit autobiographique ? Sans doute de ne jamais tomber dans l’apitoiement. Fabien, on le sent tout de suite, n'est clairement pas du genre à faire pleurer dans les chaumières. Avec une lucidité assez incroyable, il raconte (d'une façon un peu détachée et pleine de pudeur) cette année un peu particulière de sa vie où "il faut apprendre à être patient pour être un bon patient". Pas de sentimentalisme, pas question de se morfondre sur sa situation : il préfère nous faire "visiter" les lieux à sa façon, arpentant (quand il le pourra) les couloirs du centre, liant connaissance avec les autres patients et avec leurs histoires, toute singulières.

 



"J’étais allongé sur un brancard, dans le couloir.
On m’avait certainement installé là en attendant de finir de
préparer la chambre où j’allais être installé.

Un médecin était passé, s’était penché au-dessus de moi et m’avait regardé.
Je le regardais dans les yeux, il voyait bien que j’étais tout à fait conscient, mais que je ne pouvais lui parler à cause des tuyaux dans la bouche.
Il m’avait dévisagé, mais n’avait aucunement éprouvé
le besoin de me dire bonjour.

Au lieu de ça, il avait ouvert mon dossier médical posé
sur le brancard et s’était mis à crier
juste au-dessus de moi « il est à qui, ce tétra, là ? »"

 



De sa vie "d'avant", on n'apprendra peu de choses, si ce n'est qu'il espérait s'accomplir dans le basket à titre professionnel et que ce rêve lui a été enlevé suite à l'accident. Bien entouré, ses proches et sa copine lui rendent visite régulièrement mais de leur ressenti et de celui de Fabien, on ne saura (malheureusement ?) pas grand chose. De quoi se concentrer sur l'essentiel donc, sa rééducation. Dans un style concis et clair, Fabien va nous faire découvrir, à nous lecteurs, le quotidien lorsqu'on est subitement obligé de "compter" sur les autres pour les gestes les plus simples. Et le bonheur, évident, lorsqu'on retrouve subitement un peu d'autonomie et donc d'indépendance. La difficulté aussi (et la culpabilité) à retrouver petit à petit ses capacités motrices alors que les copains du centre, eux, ne progresseront peut-être jamais... Alors on cache ses progrès, on ne montre pas la béquille, ce précieux sésame qui prouve qu'on "avance" enfin dans la bonne direction. Et on évite de se plaindre, même si à 20 ans la vie nous a déjà mis une grosse poire dans la face, car il y a toujours pire et qu'on ne s'en sort pas si mal finalement...

 



"En prison comme à l'hosto, on attend et on s'emmerde énormément.

Et puis, surtout, on parle de l'avenir en utilisant les mots "sortir" et "dehors".

Quand on sera "dehors", la vraie vie pourra reprendre..."

 



De Patients, j'ai particulièrement aimé les tranches de vies que Fabien partage avec nous, du camarade de chambre arrivé là suite à un règlement de compte, de la jeune fille qui s'est jetée par la fenêtre à cause d'une peine de cœur ou de celui, paraplégique depuis l'enfance, qui a bien eu le temps d'étudier la question du handicap sous tous les angles. Avec cette pudeur touchante qui le caractérise, c'est sans doute des autres que Grand Corps Malade parle le mieux, de ces jeunes comme lui qui se sont brûlés les ailes à un âge où on a souvent tendance à croire qu'on est immortel et que le pire n'arrive qu'aux autres. Pleine d'humour mais aussi de cynisme, on se sent vite comme chez nous avec cette petite bande qui se chambre, se vanne et trouve toujours le temps de "niquer" ensemble une heure de son quotidien... Ce livre, qui s'ouvre sur un magnifique slam et est truffé de blagues sur les handicapés (qui a dit qu'on ne pouvait pas être en fauteuil ET avoir de l'auto-dérision ?!) est un vrai souffle de vie. Ne cherchez pas l'émotion derrière chaque mot car Grand Corps Malade a d'autres chats à fouetter que de laisser la place aux regrets : à la place, il nous offre avec une bonne dose de recul sa vision sur cette année pas comme les autres où il s'est de nouveau retrouver sur pieds.

 

 

Pendant toute ma lecture, j'ai eu la sensation d'entendre la voix grave et si caractéristique du chanteur m'accompagner tout bas. Au début, l'écriture presque "chirurgicale" de Fabien m'a un peu dérouté. Je ne retrouvais pas la chaleur de ses textes, pourtant souvent intimes et plein de sentiments. Puis j'ai compris. Si je me réveillais tétraplégique, il est probable que je serai bouleversée et anéantie. Peut-être l'a-t-il lui même été, en off. Mais là où beaucoup serait tombé, Grand Corps Malade s'est relevé cent fois. Pas le temps de crier à l'injustice ou de perdre du temps à se plaindre. Derrière ce livre, on sent surtout l'immense volonté de vivre et de profiter de chaque jour sans regarder en arrière, tout en ayant à cœur de mettre en lumière les préjugés courants sur les handicapés. Un hymne à l'optimisme rare, plein de dérision, de recul mais aussi de dignité, et d'autant plus précieux ! A lire sans hésiter pour découvrir un témoignage vraiment différent sur le handicap vécu par un très grand Monsieur. Grand à plus d'un titre...

 



 

« J'ai rencontré quelques peines, j'ai rencontré beaucoup de joies.

C'est parfois une question de chance, souvent une histoire de choix... »

 

(Rencontre – Grand Corps Malade)

 

 


Et toi lecteur, envie de découvrir ce témoignage hors du commun ?

 

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 14:35

 

 

 

Hello mes nounours à la guimauve !

 

 

 

J'ai profité d'un rare (bien trop rare si vous voulez mon avis !) dimanche de libre pour m'adonner à un loisir apprécié par le commun des mortels ou presque : le cinéma. Confortablement installée dans un fauteuil rouge made in "Gaumont Pathé", un pot de pop-corn XXL dans lequel ma main piochait compulsivement sur les genoux (sans que je ne parvienne à la contrôler, c'est promis), j'ai assisté à la projection d'un film dont je n'entendais que du bien ces derniers jours : Happiness Therapy. La salle était bondée, tant et si bien que j'ai même vu certaines personnes s'asseoir dans les escaliers ! Après les bandes annonces, le film a enfin commencé. Passées quelques longueurs légitimes le temps d'entrer dans l'histoire, j'ai craqué pour la psychologie des personnages (c'est le cas de le dire !) et l'incroyable interprétation des acteurs (Bradley Cooper, si jamais tu lis ces lignes : veux-tu m'épouser ?!). Un film à voir pour ressortir de la séance gonflé à bloc... Une vraie thérapie on vous dit ;)

 


 

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Dans le genre poisseux, Pat Solatano n'a pas tiré la carte "chance" au grand tarot de la vie. Après avoir surpris sa femme sous la douche avec un autre homme et manqué littéralement d'exploser la tête de ce dernier, le jeune homme a tout perdu : sa maison, son poste de professeur dans un lycée et bien évidemment son épouse. A sa sortie de l'hôpital psychiatrique de Baltimore où il vient de passer 8 mois après avoir été diagnostiqué bipolaire, il est contraint de retourner vivre chez ses parents. Pat va alors s'appliquer à respecter "la pensée magique". Gonflé à l'optimisme et marchant à la méthode Coué, il est persuadé qu'il parviendra à récupérer sa femme s'il a l'air de nouveau sain d'esprit. Et il y parvient la plupart du temps, sauf quand il entend la chanson de son mariage passer à la radio ce qui lui fait littéralement péter les plombs ! A un dîner, il va rencontrer Tiffany (Jennifer Lawrence), une jeune veuve dépressive aux tendances nymphomanes qui a tenté de noyer son chagrin en couchant avec tous ses collègues, hommes et femmes confondus. Cette rencontre va faire des étincelles entre ces deux écorchés vifs borderline que la vie n'a pas franchement épargné. Prêt à tout pour reconquérir son épouse qu'il n'a pourtant pas le droit d'approcher selon la décision du juge, Pat va accepter l'aide de Tiffany qui lui tend la main... A condition qu'il lui rende aussi un service en retour : participer avec elle à un concours de danse en couple. Show must go on !

 

 

 

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Adapté du roman Silver Linings Playbook écrit par Matthew Quick (que je rêve de lire maintenant, c'est malin !), le réalisateur livre avec ce film un véritable tour de force. D'abord en parlant dépression, Xanax et Lithium (ce qui n'est pas si commun !) sans pour autant tomber dans le drame pur. La force du film ? Flirter sans cesse avec les frontières de la comédie et du drame sans jamais sombrer d'un côté ou de l'autre, ce qui est assez brillant. La première partie est délicieusement sombre : Pat est dans le déni total, persuadé d'être guéri et refusant de prendre ses antidépresseurs mais piquant une crise à la moindre occasion. Puis doucement, la lumière s'invite à la danse, dégagée pour beaucoup par la merveilleuse Jennifer Lawrence (déconcertante de naturel dans ce rôle qui semble avoir écrit pour elle) qui remet du soleil dans la vie du héros. Entre ces deux-là, la complicité va s'installer progressivement et l'équation va vite devenir savoureuse ! Une nuance bienfaitrice donc, entre bonheur et tristesse, qui fait se reconnaître tout un chacun dans ce film qui distille bonheur et humour noir à chaque réplique...

 

 

 

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Alors bien sûr, "Happiness Therapy" pourrait être une énième comédie romantique comme on en voit toutes les semaines au ciné, n'apportant rien de nouveau au genre... si la folie n'avait justement pas un rôle à part entière (peut-être le premier d'ailleurs !) dans ce film. Tout, des choix de la réalisation en passant par le jeu des acteurs est FOU, FOU, FOU ! C'est ce que j'ai le plus aimé : ce traitement sensible et intelligent de la folie ordinaire auquel personne n'échappe (si si, pas même toi ;)). Tous les personnages sont joyeusement barrés, chacun à leur niveau, ce qui donne à l'ensemble du film une ambiance hystérique au possible, bercée par les cris - et les crises (de nerf) ! Dans certaines scènes, tous les protagonistes parlent en même temps : le résultat ressemble à un joyeux bordel, une cacophonie délirante qui s’élèverait en chœur d'un poulailler ! C'est drôle au possible mais aussi terriblement bouleversant car finalement, tous les personnages se battent avec eux-mêmes et avec leur part sombre et c'est dans cette bataille quotidienne et touchante que le public a le plus de chance de se reconnaître : Pat a beau positiver de tout son soûle, il pète toujours les plombs à la moindre contrariété, refusant de comprendre que tout est peut-être bien fini avec son épouse qui (soyons honnêtes), n'a pas tellement l'air de vouloir sauver son couple après l'avoir réduit en fumée (bà si, quand même !).

 

 

 

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Dans ce quotidien chaotique, Tiffany va apparaître alors comme une homologue, une copine de médocs' aussi dingue que lui (même s'il pense qu'elle évolue dans une folie bien plus grave que la sienne, ce qui donne lieu à d'énormes fous rires et à des scènes savoureuses !), avec qui parler librement psychothérapie et antidépresseurs. Sombre et déjantée, la jeune fille n'a pas sa langue dans sa poche mais au moins assume-t-elle sa part de folie, ce qui n'est pas le cas de Pat ! En parlant de leurs peurs et en confrontant leurs points de vue sur leurs névroses tout en se la jouant façon "Dirty Dancing", la jeune femme va aider Pat à prendre conscience de sa condition en lui faisant réaliser que tout repose dans l'acceptation de soi et dans l'importance de s'assumer... Ce qui est loin d'être facile avec un père comme Pat Senior ! Incroyablement interprété par un Robert De Niro bluffant, le père de Pat est aussi borderline que son fils (décidément, les chiens ne font pas des chats !). Bourré de TOCS et superstitieux, la pensée magique gouverne cet homme déjanté mais touchant : fervent admirateur (pour ne pas dire fanatique) de l'équipe des Eagles, il est persuadé que son fils lui porte bonheur et fait gagner son équipe fétiche dès lors qu'il regarde le match à ses côtés tout en tenant un mouchoir magique (vous avez dit "timbré" ?!). Il est d'ailleurs interdit de stade depuis qu'il a craqué en plein match et déclenché une bagarre collective dans les tribunes et passe désormais l'essentiel de son temps à parier illégalement sur le résultat des matchs... On s'étonne après que son fils ne parvienne pas à gérer sa colère mais c'est sans doute de son père que lui vienne ses névroses les plus profondes !

 

 

 

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Ces différentes strates de la folie ordinaire sont dépeintes avec un humour noir qui ne manque pas de charme. Taré, barjot, fou, cinglé, fêlé, atteint... Les qualificatifs ne manquent pas pour dépeindre les héros qui ont bien conscience de la folie de leurs voisins... mais qu'ils jugent toujours plus grave que la leur ! Alors on les pointe du doigt, on se moque un peu d'eux, on mettrait bien une baffe à Pat pour qu'il se réveille, cesse d'aduler son épouse et ouvre un peu les yeux... Mais à leur place et frappé par les mêmes tragédies que la vie a mis sur leurs routes, qui pourrait se vanter d'être peace and love et sain d'esprit ? Qui ne péterait pas un câble bien naturel face à la trahison, à l'adultère ou au deuil ? (j'avoue tout : PAS MOI en tout cas !). Ainsi, la folie n'est-elle pas qu'une simple vue de l'esprit qui nous touche tous, d'une certaine manière ? Qui peut revendiquer croix de bois croix de fer ne pas avoir d'araignée au plafond ou de pète au casque ?! L'émotion – toujours juste et sincère – est au cœur de l'histoire et repose donc pour beaucoup sur la fragilité des personnages qui se veulent forts mais qui sont "fêlés" à plus d'un titre.

 

 

 

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Finalement, ce film m'a fait l'effet d'un petit bonbon acidulé. Évidemment et comme ne manqueront pas de le souligner certains, le scénario est convenu, on sent venir la fin à trois kilomètres (avant même que le film n'ait commencé !) et il y a parfois quelques longueurs. Mais la mayonnaise prend quand même, incontestablement. Bradley Cooper, qui avait surtout marqué jusqu'à présent par sa belle gueule dans "Very Bad Trip", tombe enfin sur un rôle donnant de la hauteur à son talent. Grâce aux acteurs, tous talentueux, et à l'énergie folle qu'ils dégagent, ce film relève tout bonnement de la magie. La scène finale au concours de danse est absolument divine ! Elle révèle à merveille la douce folie des personnages, celle qui peut finalement colorer leur vie et non plus l'assombrir maintenant qu'ils affrontent cette vie tortueuse de plein front et qu'ils assument leur côté déjanté. Et qu'il est bon d'être fous et d'apporter un peu de fantaisie dans un monde en noir et blanc ! Une comédie romantique mais pas seulement donc, qui réunie deux névrosés sous antidépresseurs qui réapprennent petit à petit à sourire à la vie... Drôle, frais, bruyant (de la folie des stades aux cris (de désespoir) des différents héros) mais surtout incroyablement touchant, ce film mettra des étoiles dans vos yeux et de la joie dans les cœurs ! Rien que pour sa maxime, il vaut clairement de l'or : croire en la possibilité d'être heureux, c'est déjà s'ouvrir au bonheur. Encore faut-il être capable de voir les signes que le destin disperse sur notre route... ;) A voir pour se rappeler qu'après la pluie vient le beau temps et qu'il ne reste plus qu'à remonter à la surface quand on pense avoir touché le fond... Du bonheur en boite !

 

 

 

Et toi lecteur chéri,

contaminé par la folie douce

de "Happiness Therapy" ?!

 

 

 

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 14:30

 

 

 

Hello mes petits bibliophiles !

 



Aujourd'hui, j'aimerais vous parler d'un livre qui a une grande importance dans ma bibliothèque "young adult" : Les cœurs fêlés, écrit par la talentueuse Gayle Forman. C'est d'abord le titre (que je trouve infiniment beau) qui m'avait interpellé et séduit au commencement. Puis je me suis littéralement laissée emporter par l'histoire – bouleversante – et par le panel de personnages - tous intéressants et complexes chacun à leur manière - qui compose ce joli roman. Pas d'amour ni de rupture au menu contrairement à ce qu'on pourrait penser à la vue du titre mais une histoire saisissante sur ce que la peur de l'autre et de la différence peuvent amener certains à faire...

 

 

 

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Les Cœurs fêlés, ça dit quoi ?



"N'avez-vous jamais fait ce rêve étrange et glaçant :

celui où vous savez pertinemment que vous n'êtes pas folle

mais où personne autour de vous ne semble du même avis ?"

 



Brit est une ado de 16 ans (rockeuse dans l'âme et cheveux teints de noir et de rouge !) comme on peut en croiser tous les jours dans la rue. A cette différence près que sa vie a basculé du jour au lendemain, lorsque sa mère a été diagnostiquée schizophrène et a brusquement quitté le foyer familial, ne reconnaissant plus ni fille ni époux. Après cette tragédie, la jeune fille tente de se reconstruire comme elle le peut et trouve du réconfort dans la musique en intégrant le groupe de rock "Clod" pour lequel elle devient guitariste et dont les membres s'avèrent être un véritable soutien au quotidien, à l'image du beau Jed. Et la vie suit son cours... (Très) rapidement, le père de Brit épouse une autre femme qui accouche d'un petit garçon. La situation est difficile à vivre pour la jeune fille dont l'univers a déjà littéralement explosé et qui se retrouve contrainte d'accepter cette nouvelle vie (avec le sourire s'il vous plaît !) et d'appeler sa belle-mère "Maman"... Renfermée sur elle-même (du moins chez elle) et rejetant l'autorité de son père qui la déçoit cruellement et qu'elle ne comprend plus, Brit va payer très cher l'incompréhension qui s'est installée entre eux au fil du temps.

 

 

Prétextant un jour une sortie familiale au Grand Canyon, le père de Brit la conduit de force (et plutôt sournoisement de fait) à la Red Rock Academy, un camp de redressement pour "adolescents difficiles" perdu au milieu du désert (présenté comme un "centre thérapeutique résidentiel", on ne doute de rien !), au sein duquel il l'abandonne littéralement à une autorité "compétente" qui pourra traiter son "cas" au mieux et l'aider à s'en sortir. Sauf que Brit n'est ni malade, ni folle, ni rebelle. Ce qui pourrait la sauver – hormis la musique et Jed – serait l'amour et la compréhension que son père lui refuse désormais. La jeune fille se retrouve prise au piège dans cet établissement basé sur la peur et sur l'humiliation (drôles de méthodes pédagogiques...) où elle va vite devoir apprendre les codes et les règles...

 

 

Sur place heureusement, Brit va se faire des alliés de taille et réaliser que toutes les "prisonnières" de ce camp ont été envoyées ici pour des raisons fantaisistes : Cassie est lesbienne (ou du moins se cherche-t-elle, comme bon nombre d'ados), Martha est trop grosse (en tous cas selon les normes de la société...), Babe aimerait "un peu trop" les garçons... Quant à Brit, les tortionnaires qui composent l'équipe pédagogique la diagnostiquent "rebelle à l'autorité" et déclarent qu'elle souffre de "troubles par opposition" (comme 99 % des adolescents qui peuplent la planète, en somme !). Les parents pensent à tort avoir envoyé leurs enfants dans un établissement agréable qui pourra apporter des solutions concrètes à leurs progénitures (c'est du moins ce que clament les publicités de la Red Rock Academy) mais ils ignorent ce qui se joue vraiment dans ces murs : le personnel n'est ni diplômé, ni compétent, les "pensionnaires" sont traitées comme des délinquantes et humiliées en permanence, isolées, surveillées, forcées à faire de longues marches dans le désert ou à porter des briques en pleine chaleur, leur courrier est lu et on ne leur remet même pas (pire, on s'en sert contre elles en "thérapie de groupe"...). L’enfer sur Terre. Les filles vont devoir unir leurs forces et faire preuve de ruse pour survivre dans ces lieux et faire éclater la vérité au sujet de la Red Rock Academy...

 



"C'était plus qu'injuste : cruel ; J'imaginais Martha lâchant prise au cours de la randonnée et personne pour l'écouter, personne pour la croire ; Et tout ça pourquoi ? Parce qu'elle était une ex-mince qui avait eu le culot de grossir ? Qu'avions-nous donc fait, les unes et les autres, pour mériter d'être ici ? Cassie aimait trop les filles. Babe aimait trop les garçons. Et moi ? Était-ce parce que je ressemblais trop à ma mère ? Parce que je faisais peur à mon père ? C'est à ce moment, en constatant la réaction de la direction de l'école devant ce qui était arrivé à Martha, que j'ai enfin compris. Qui ne tournait pas rond, Martha ou ses parents obsédés par la minceur ? Cassie ou ses parents homophobes ? Moi ou mon père avec ses obsessions ? Je commençais à y voir plus clair.

 

(…)

 

J'étais comme un volcan prêt à entrer en éruption. Quelque chose bouillonnait en moi. Ce n'était pas de la colère, mais de l'indignation et une résolution nouvelle. J'en avais assez de dépendre d'adultes cruels et incompréhensifs. C'était le monde à l'envers. Les adultes ne jouaient plus leur rôle. Ils s'étaient enfermés dans un cocon d'ignorance et voulaient nous faire croire que nous ne tournions pas rond. Nous ne pouvions plus avoir confiance en eux. Il n'y avait personne ici pour nous guider, pour veiller sur nous. Nous devions nous débrouiller seules."

 

 

Un passage que j'aime particulièrement... (p. 191)

 



Les cœurs fêlés, je me lance... ou pas ?

 



Est-il vraiment nécessaire que je réponde à cette question ? ;) Contrairement à ce que pourrait laisser penser mon résumé, la force de ce roman est qu'il ne tombe ni dans le sombre, ni dans le mélo (vous êtes rassurés ?!), ce qui est (il faut le dire) un sacré tour de force. Nous ne sommes pas du tout face à une fiction comme L'herbe bleue ou à une biographie comme Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée (pour ne citer qu'eux), remplies de scènes violentes et sombres, bien que Gayle Forman se soit inspirée de faits réels pour écrire ce roman. Si vous souhaitez d'ailleurs voir un film qui remue les tripes sur la vie carcérale et la manière dont certains adolescents sont ou ont pu être traités dans certains camps de redressement américains, je vous conseille de voir "Sleepers", un film culte avec (entre autres) Brad Pitt, Dustin Hoffman et Kevin Bacon. Un film dont on ne peut vraiment pas sortir indemne et qui est dans mon Top 10 des films à voir. Toujours est-il que ce qui rend Les cœurs fêlés  aussi unique à mes yeux est la fraîcheur qui se dégage de l'écriture de Gayle Forman. Le sujet abordé est infiniment grave mais ces adolescentes ne perdent rien de leur volonté et de leurs personnalités qui donnent un vrai coup de soleil au roman. L'humour est même au rendez-vous ! Les héroïnes nous prouvent que l'espoir peut soulever des montagnes et que l'union fait la force quand on veut vraiment s'en sortir.



Évidemment, il y a des hauts et des bas. Parfois, le groupe d'amies (rebaptisé "l'Ultra Sélect, l'Ultra Branché Club Fermé des Fêlées") ne se comprend plus et les réactions de certaines étonnent. Mais l'amitié est là et ces sœurs de cœur vont se battre pour faire entendre leurs droits, à grands coups de réunions secrètes nocturnes et d'interrogations sur leur présence dans ce camp maudis. Pourquoi les a-t-on vraiment envoyé ici (surtout Brit qui pense que son horrible belle-mère est derrière tout ça) et surtout comment en sortir ? Ensemble, elles vont tout simplement tout partager, le "meilleur" comme le pire. On vit avec ces héroïnes ce huis clos angoissant et ces conditions de détention proprement ahurissantes et on ne peut s'empêcher de se demander ce que l'on aurait fait à leur place. Si subitement on nous privait de notre liberté de façon arbitraire et qu'on nous "coupait les ailes", que ferions-nous ? L'émotion et la transposition sont donc au cœur du roman. Au fur et à mesure, l'intrigue se dénoue et on comprend pourquoi le père de Brit l'a envoyé dans cet Enfer, bien que la peur n'évite pas le danger (maxime qu'il semble justement ignorer !). Difficile donc de rester indifférent face à cette histoire qui finalement nous concerne tous : qui ne s'est jamais sentie différent, hors normes et parfois jugé sur ces critères arbitraires ?

 

 

Dans ce roman, ces ados (qui ne boivent pas, ne fument pas et n'ont de rebelle que l'image que les adultes se font d'elles) nous époustouflent de part leur maturité et on en vient à penser que ce sont les parents qui devraient être à leurs places. Car qu'attendent-ils d'elles finalement ? Qu'elles se conforment à la norme, qu'elles deviennent de parfaites petites filles modèles ? En un mot : qu'elles ne soient plus celles qu'elles sont ? Ce qui passe pour de la rébellion (puisqu'elles refusent tout bonnement de se soumettre) n'est en fait rien d'autre qu'une magnifique et puissante forme de courage. C'est donc un roman bouleversant mais à la fois fort en optimisme que nous offre Gayle Forman. Elle nous rappelle que quelques soient les épreuves que la vie peut mettre sur notre chemin et les tragédies que nous avons parfois à traverser, on peut sortir grandi de toutes situations tant que l'on reste fidèle à ses convictions. On referme cet incroyable hymne à l'amitié avec le sentiment de quitter une "famille" qu'on aimait sincèrement mais sans s'inquiéter pour elles : nul doute que ces adolescentes courageuses et fortes deviendront des adultes accomplies... et sans doute à l'écoute de leurs enfants.



 

C'était le "conseil lecture" de la journée, lecteur adoré !

Si tu veux me faire partager un livre qui t'a particulièrement marqué :

N'HÉSITE PAS !
 

Je suis sans cesse à la recherche de nouvelles lectures...
 

 

 

 

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 22:33

 

 

Hello mes petits chats angoras !

 

 

Vous allez vous dire que je passe ma vie au cinéma ces temps-ci et vous n'aurez pas torts (je devrais prendre des actions chez Gaumont Pathé...). Mais hier soir, ce n'est pas n'importe quel film que je suis allée voir avec l'enthousiasme et l'impatience d'une gamine le matin de Noël ! Hier soir, j'avais rendez-vous avec un maître, que dis-je, un véritable génie à mes yeux : le grand Tim Burton. Être fan de ce cinéaste, mouais, ce n'est pas très original me direz-vous peut-être. Mais ça n'en est pas moins vrai, bien que je sois la première à reconnaître que Monsieur Burton est capable du meilleur - véritables petits bijoux cinématographiques ("Edward aux mains d'argent", "Les Noces Funèbres", "Big Fish"... Je ne cite pas "L'étrange Noël de Mr Jack" car il n'en est que le producteur et scénariste mais vous pouvez l'ajouter à la liste de mes films préférés sur Terre !), comme du pire ("Mars Attack" ? Honnêtement?! Ou encore "Alice au Pays des Merveilles", une de mes œuvres préférées qu'il a tout bonnement massacré à mes yeux et qui font images de grosses bouses dans sa filmographie). Mais soit.

 

 

Comme je ne suis pas rancunière (enfin, faut pas pousser non plus hein ;)) et que je sais de quoi est capable ce grand Monsieur, je reste fidèle au poste à chacune de ses nouvelles créations. C'est donc comme le messie que j'attendais Frankenweenie depuis l'année passée. Quand Disney a annoncé la sortie de ce nouveau long-métrage, je n'ai pas pu m'empêcher de sourire. Car pour ceux qui l'ignorent, Frankenweenie n'est pas à proprement parler une idée datant d'hier (ni d'avant hier). En 1984, petit Burton (encore au début de sa carrière qu'il n'imaginait sans doute pas aussi magistrale) réalise un court métrage du même nom. Jugé trop décalé, trop dérangeant, trop marginal pour l'univers édulcoré de ce bon vieux Walt, Tim Burton est sommé d'aller voir ailleurs que chez Disney. Ce qu'il fera la même année... Mais ne dit-on pas que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures ? Près de 24 ans plus tard et fort des succès incontestables qu'on lui connaît, le voilà pourtant de retour avec un Frankenweenie version long-métrage... et bien distribué par Disney cette fois-ci ! (une petite revanche sur le géant de l'animation ?!). Et ça lui réussit plutôt bien ! Zoom sur un petit chef-d'oeuvre burtonnien... comme-à-ses-débuts.

 

 

 

affiche-frankenweenie

 

 

 

Victor Frankenstein (ça ne s'invente pas !) est (comme souvent chez Burton) un petit garçon introverti et solitaire, au teint pâle et aux grands yeux sombres. Son meilleur et unique ami est Sparky, son bull-terrier, aussi mignon qu'affectueux avec qui il partage ses joies et ses peines et qui le lui rend bien ! Mais comme il faut bien rentrer dans le moule, Victor accepte de jouer au base-ball en équipe pour faire plaisir à son père, peu rassuré à l'idée que son fils soit aussi marginal... Ce jour marquera un tournant définitif dans la vie du petit garçon : celui de la perte de Sparky. Pensant que son maître veut jouer avec lui, le chien se précipite après la balle et se fait écraser par une voiture. Mais comment se résoudre à se passer de ceux qu'on aime ? Comment se résoudre à leur dire adieu ? Anéanti, Victor se demande comment ramener son compagnon à la vie. Passionné de sciences (et de cinéma : comme Petit Burton !), il se lance par une nuit orageuse dans une véritable expérience à la Frankenstein, allant jusqu'à déterrer Sparky au cimetière pour mieux le ressusciter dans le secret de son grenier qu'il a transformé en atelier de savant fou grandeur nature. L'expérience est une réussite et le toutou est bel et bien de retour d'outre-tombe. Le problème étant que dans la petite ville de New Holland où résident nos héros (au cœur d'un quartier résidentiel ressemblant en tous points à celui d'Edward aux mains d'argent ;)), difficile de garder un secret aussi lourd et peu banal. Prêts à tout pour remporter le concours de sciences, les petits camarades de classe de Victor se lancent tous dans la même expérience, quitte à redonner vie à de véritables monstres et à créer la panique dans la ville...

 

 

 

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J'ai regardé l'heure et demie de Frankenweenie avec les yeux d'une enfant et j'ai été séduite par ce long métrage en stop motion (sérieusement, existe-t-il une technique plus belle que celle-ci ? Je suis épatée par tant de graĉe à chaque fois...) qui me ramène aux grands succès du génie fou. Séduite d'abord par les personnages que Burton veut toujours aussi décalés, tous étrangement beaux à leur manière, férocement inquiétants mais non moins attachants. J'ai adoré Victor qui partage bien plus que son prénom avec le héros des Noces Funèbres...

 

 

 

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J'ai littéralement craqué pour l'étrange fillette aux yeux hypnotiques que j'avais déjà croisé dans les pages du recueil de Tim Burton,  La triste fin du petit enfant huître et autres histoires.

 

 

 

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J'ai rêvé d'adopter Sparky (moi qui n'ait jamais eu qu'une tortue pour unique animal de compagnie et qui flippe dès qu'un chihuahua est dans les parages !). Sparky qui m'a rappelé la magnifique Sally de "l’Étrange Noël de Monsieur Jack", l'autre créature d'un (vrai) savant fou, toute de fil recousue elle aussi...

 

 

 

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Je me suis tapée un délire sur ce petit personnage joufflu qui m'a rappelé l'un des enfants perdus dans "Hook" (autre film génial de mon enfance !)

 

 

 

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Avouez que la ressemblance est frappante ! (comment ça "non" ?!)

 

 

 

J'ai été émue par le couple aimant que forment les parents de Victor, parents parfois inquiets pour leur fils solitaire mais toujours présents pour lui. J'ai particulièrement aimé ce que le père de Victor avoue à son fils à la fin du film : "les adultes se trompent souvent...".

 

 

 

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J'ai détesté par contre le personnage d'Edgar (on ne peut pas aimer tout le monde ;)), moche et méchant petit bossu (ok, c'est pas sa faute. Mais quand même !) qui m'a rappelé le fameux assistant de Frankenstein dans le film du même nom, le bien nommé Igor.

 

 

 

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Le noir et blanc est selon moi un choix très judicieux (bravo Mr Burton et merci d'avoir insisté sur ce point auprès des studios Disney, même s'ils ont boudé...) qui apporte une réelle valeur ajoutée au film. Au-delà du petit côté "vintage" qui ne manque pas de charme, j'ai trouvé que l'absence de couleurs magnifiait et sublimait l'ensemble, ajoutant de la profondeur aux images et aux sentiments (pourquoi tout semble plus triste, plus sombre, plus émouvant en noir et blanc ? Vous avez deux heures ;)). J'ai trouvé la 3D quant à elle bien utilisée (pour une fois !) et vraiment agréable (pas de maux de tête en ressortant de la séance, miracle !!!). Une petite réussite.

 

 

 

frankenweenie-3D.jpg

 

 

 

Dire que ce long métrage est fidèle à son petit frère est donc un euphémisme (la modernité de la 3D en plus !). Burton ne s'est pas écarté des lignes qu'il avait dessiné 25 ans plus tôt et j'ai trouvé cette constance particulièrement touchante, comme s'il ne voulait pas trahir son petit héros ou ses admirateurs. La seule liberté qu'il ait pris réside dans ces drôles de créatures qui (re)prennent vie sous les doigts des enfants, monstres inquiétants qui ne sont pas sans rappeler d'autres œuvres fantastiques bien connues ! Les références au cinéma d'horreur sont nombreuses, toujours drôles et subtiles et les spectateurs adultes se feront un plaisir de les traquer (moi en tout cas, je me suis bien amusée !). Ainsi, la tortue géante qui sème la terreur lors de la fête foraine annuelle de la ville s'appelle Shelley (coucou Marie, si tu passes par là !) et revient à la vie sous la forme d'un Godzilla (un des films préférés de Burton) plus vrai que nature ! Les singes de mer (normalement adorables petites créatures) deviennent quant à eux des Gremlins assoiffés de sang particulièrement voraces. La petite voisine de Victor répond au doux nom de Elisa Van Helsing (oui, comme le chasseur de vampire dans le Dracula de Bram Stoker !) et les parents du petit garçon regarde même ce film dans leur salon le soir où ils pensent leur fils tranquillement endormi alors qu'il est en train de ramener Sparky à la vie... Autre petit clin d'oeil assez savoureux : Perséphone, la chienne amoureuse de Sparky se retrouve dotée de la même coiffure... décoiffante (!) que Elsa Lanchester dans la "Fiancée de Frankenstein"... Divin !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Que dire donc de ce nouveau Tim Burton si ce n'est que du bien ? Le génie signe ici un film drôle, émouvant et plein de références et d'hommages farfelus mais qui lui vont si bien ! La recette du succès n'est pas nouvelle mais justement, ce réalisateur de talent qui semblait parfois avoir pris des chemins étranges et s'être un peu perdus en route ces dernières années semblent enfin prêt à renouer avec ses fondamentaux. Et on approuve ! Sans fausse note et sans superflu, Frankenweenie joue avec notre corde sensible et avec l'enfant qui sommeille en chacun d'entre nous. Danny Elfman, toujours fidèle au rendez-vous, sublime le tout avec des mélodies toujours aussi envoûtantes... Alors bien sûr, en toile de fond de ce monde gothique à souhait, on se demande si c'est une bonne idée de jouer avec la mort ! Mais que les familles se rassurent, pour une fois nous sommes face à un VRAI Burton familial. Je me rappelle d'une petite qui avait pleuré non-stop pendant une bonne partie des "Noces Funèbres" parce qu'elle avait peur et qu'elle ne voulait pas (du tout) voir ce film (tu m'étonnes, un peu glauque comme sortie familiale du dimanche... Je pense que le père avait voulu se faire un trip mais qu'il avait pas capté qu'il n'était pas seul !). Ici, pas d'inquiétude : le happy-end à la mode Disney est de mise (mais fidèle au court métrage, donc ne critiquons pas ;)) et permettra d'éviter aux parents de se prendre la tête avec des questions sur le deuil et autres joyeusetés ! Encore faudra-il expliquer aux enfants qu'il ne sera pas question de faire une halte au cimetière des animaux en sortant du cinéma pour ressusciter Paf Le Chien au premier orage venu mais ça... Je laisse le soin aux parents de se débrouiller avec ;) Un film touchant et personnel donc qui parlera aux petits comme aux grands et qui touche à un thème universel : la perte de l'autre... Parce que c'est peut-être en parlant de ce qui le touche le plus que Tim Burton a finalement le plus de chance de tutoyer les étoiles...

 

 

 

© Toutes les images sont la propriété de The Walt Disney Company France

 

 

 

Et toi lecteur, envie de voir Frankenweenie ?

Pour toi, Burton est un génie "génial" ou "râté" ?


 

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 23:25


 

Hello mes petits manuscrits d'amour !

 

 

Aujourd'hui on the blog, la chronique d'un livre pas du tout récent, que tu as peut-être déjà lu d'ailleurs jadis en un temps lointain et que tu n'as peut-être pas du tout aimé non plus. Mais comme j'adore ce livre et qu'on est encore un peu sur mon blog (oh l'égocentrique dis donc !), je me dis que je pourrai toujours convertir quelques regards innocents qui passeront par ici ;) J'ai bien conscience que pour être une blogueuse in et choc on est censé parler nouveautés et actu chaudes mais tu auras sûrement remarqué si tu traînes par ici de temps à autres que j'aime n'en faire qu'à ma tête ! Alors aujourd'hui, petite review de Hell, un roman qui m'accompagne depuis quelques années et dans lequel je me replonge avec plaisir à intervalles réguliers. Si le titre te dit quelque chose mais que tu n'en as qu'un souvenir flou, tu as sans doute vu le film éponyme qui fut un beau et grand désastre et qui ne rend pas du tout honneur au livre. Si tel est le cas, oublie (enfin si possible) et lis ce qui suit !

 

 

 

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Hell, ça dit quoi ?

 

 

"Je suis une pétasse. Je suis un pur produit de la Think Pink génération,

mon credo : sois belle et consomme."

 


Hell a dix-huit ans, vit à Paris Ouest, se défonce à la coke, est griffée de la tête aux pieds, ne fréquente que des filles et des fils "de", dépense chaque semaine l'équivalent de votre revenu mensuel, fais l'amour comme vous faites vos courses. Jusqu'au soir où elle tombe amoureuse d'Andréa, son double masculin, séducteur comme elle, et comme elle désabusé. Ensemble, coupés du monde, dans un corps à corps passionnel, ils s'affranchissent du malaise qu'ils partagent. Mais les démons sont toujours là, qui veillent dans la nuit blanche de ces chasseurs du plaisir...

 

 

 

Cher lecteur, à la lecture de cette quatrième de couverture, tu te dis probablement : "Oh my God, mais comme elle a l'air stupide cette Hell avec son rôle de bitch des beaux quartiers ! Ce livre a l'air bourré de clichés et de préjugés, ça commence mal... Pas sûr que ça me passionne avec cette histoire d'amour en carton mis en avant dès le départ.". C'est évidemment à ce moment précis que je débarque et que je te dis qu'il ne faut jamais juger un livre à sa couverture mais à son contenu... Si si, crois-moi, de l'or se cache derrière tout ça !

 

 

 

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Hell, je me lance... ou pas ?

 

 

 

Autant être honnête, peu de livres me bouleversent comme Hell. C'est étrange et inexplicable mais il en va ainsi de la littérature, de ces coups de foudre qui nous tombent dessus sans crier gare. C'est ce que j'ai vécu avec ce roman il y a déjà de nombreuses années et depuis, c'est une histoire qui dure. Mais "pourquoi ?", me demanderas-tu forcément ? (si si, demande-le s'il-te-plaît ;)). Ce qui selon moi fait toute la force de ce roman est son intensité crescendo. On entre dans la lecture avec un sourire aux lèvres, d'abord amusé par le portrait au vitriol que fait Lolita Pille de cette jeunesse dorée, privilégiée et déjà déchue : des "adulescents" à peine sortie de l'enfance et qui ont déjà tout vécu (avoir la carte Gold de Papa dans son sac Chanel, ça aide) mais qui marchent au Xanax, au sexe non protégé et à la défonce pour supporter le quotidien superficiel et matérialiste qui est le leur, bien loin des responsabilités auxquelles doit faire face le petit peuple qu'ils méprisent tant jour après jour. Blasé avant l'âge, pourrait-on dire sans trop se tromper.

 

 

Choix plutôt audacieux, l'auteur nous catapulte directement du côté du lecteur "beauf" et plouc qui ne fait forcément pas partie de cette élite mais qui en crève d'envie. Et le portrait est décapant : en quelques pages, nous sommes propulsés au cœur de l'Ouest parisien et de ces gamins (il n'y a pas d'autres mots) qui passent leur temps à ne rien faire hormis aller en boîte, vomir, dépenser un Smic par semaine en fringues dans les boutiques de l'avenue Montaigne, vomir, coucher les uns avec les autres, vomir (n'y voyez pas de lien de cause à effet surtout !) et se faire des rails de coke dans les toilettes glauquissimes des boîtes parisiennes (ça rapproche paraît-il). Ambiance. Pourtant (et j'ai conscience que ça semble difficile à croire), le récit est rafraîchissant : au début, on lit la chose comme on lirait un récit anthropologique en se disant que dans la capitale, ce quotidien est effectivement celui de milliers de bobos mineurs qui brûlent la vie par les deux bouts sans que les parents (absents et démissionnaires) ne s'en préoccupent (pourquoi s'en préoccuper d'ailleurs puisque l'argent guérit tous les maux ? CQFD). On entre donc dans ce roman comme au cœur d'un bon documentaire (en plus drôle toutefois), persuadé que tout cela est fun et sans conséquences.

 

 

Puis soudain, le tournant : alors que Hell déjeune tranquillement avec sa bande de copines toutes aussi friquées qu'elle et qu'elles font ce qu'elles savent faire de mieux (c'est à dire nada), la jeune fille se rappelle subitement qu'elle doit se faire avorter le lendemain. Juste comme ça, entre le fromage et le dessert. Lorsque sa mère la dépose sans tambour ni trompette en voiture devant la clinique au petit matin, on comprend rapidos que quelque chose ne tourne pas rond dans leur monde. Soudainement, tout bascule et c'est justement là que le roman dévoile toute sa profondeur et toute son intensité. Hell et ses congénères - qui prennent un malin plaisir à se penser tout droit sortis de la cuisse de Jupiter et au-dessus du commun des mortels - nous font subitement beaucoup moins "envie". Leurs vies - qu'ils traversent (pour ne pas dire subissent) - comme des pantins sont pleines de failles et de cicatrices : derrière le cynisme et l'humour noir apparaît un quotidien désenchanté où cette jeunesse ne croit en rien ni en personne. Pas de projets, pas de rêves, pas d'idéal : dans leur monde, chaque jour est une vaste comédie où chacun revêt son masque et se perd dans les paradis artificiels pour oublier le vide de leur existence. Si on a souvent envie de foutre des claques à Hell pour la sortir de sa léthargie, on ne peut que saluer sa lucidité et l'analyse pointue du monde dans lequel elle baigne. Au fond d'elle-même, elle sait que tout n'est que comédie, qu'illusions, un rôle qu'elle accepte de bon cœur mais qui la ronge et la détruit à petit feu. On se demande bien ce qui pourrait sauver Hell (à part un aller simple pour Sainte Anne, mais bon) et comme on est un peu fleur bleue quand même, on est bien tenté de répondre "l'Amour" (avec un grand A sinon rien). Aussi, quand elle rencontre Andréa, son double masculin (tout droit venu du 16e arrondissement : on a la classe ou on ne l'a pas), son alter-ego (un petit con comme elle autrement dit, mais dans un corps d'homme), on a très envie de croire qu'à deux, tout est possible et qu'ils réussiront à vaincre leurs démons. Andréa apparaît alors comme un ange gardien mi ange mi-démon tombé du ciel pour permettre à Hell de sortir de ce quotidien qui tourne au cauchemar. Une chance à ne pas détruire, contrairement au beau gâchis qu'elle a déjà fait de sa vie...

 

 

 

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"J’étais venue lui dire 'je t’aime', juste 'je t’aime' et 'reviens' ?

Je l’ai vu, j’ai voulu courir vers lui...

Mais son dos qui s’éloignait avait quelque chose de fatal.

Je suis resté clouée sur place, avec ma coupe de champagne qui tremblait dans ma main,

et j’ai laissé partir un rêve en me disant que c’était mieux pour lui..."

 

 

 

Hell... En résumé

 

 

 

On a reproché à Lolita Pille son écriture crue et laconique (d'un autre côté, ça colle parfaitement à l'auteur et au personnage donc pas de quoi en faire des gorges chaudes, bien au contraire) et les critiques à l'égard de Hell  ont toujours été tranchées : on aime ou on déteste. Certains évoqueront la faiblesse de la langue ("ça" de la littérature ? Mais pincez-moi !), d'autres le portrait acerbe des dérives de la jeunesse actuelle qu'ils jugent exagéré, trop trash voire carrément scandaleux.

 

 

 

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Extrait du film "Hell" avec Sara Forestier et Nicolas Duvauchelle

 

 

 

Pour ma part, ce livre me fascine pour ce qu'il offre de poésie (si si je vous assure), de passion mais aussi et surtout de désespoir (l'histoire d'amour et de désamour entre Andréa et Hell colle vraiment des frissons tant ces deux-là semblent nés pour être ensemble) et de réflexion sur notre vie (oui oui, la nôtre). Pourquoi la nôtre ? Tout simplement car on sort de cette lecture fulgurante à bout de souffle, nous disant qu'il vaut peut-être mieux (que dis-je : c'est même certain) être du côté modeste de la barrière mais avoir des rêves, des désirs et toute une vie pour les réaliser plutôt que d'être riche à n'en savoir que faire (à quoi bon si l'on a déjà tout, et plus rien ni personne qui ne soient hors de notre portée !), désillusionnés jusqu'à la corde et prêts à vendre son âme au diable pour avoir une place de choix dans cette mascarade quotidienne. On a en effet coutume de dire que la liberté n'a pas de prix et ce roman le rappelle superbement. Ces adultes en devenir tenteront par tous les moyens de repousser leurs limites pour se sentir vivants, tentatives qui se révèlent toutes vaines puisque s'ils n'ont plus rien à acquérir, n'oublions pas qu'ils n'ont plus rien non plus à perdre... Bercée par une souffrance dont elle est incapable de se défaire, on se demande la boule au ventre si Hell peut réellement sortir de cette spirale infernale sans se brûler les ailes. Pourra-t-elle toucher ce bonheur qui lui semble interdit ? Un livre poignant et fort sur une jeunesse qui brûle la vie par les deux bouts mais qui a bien trop de fierté pour prendre sa vie en mains et s'offrir sa liberté... Hell pensait qu'on envierait sa vie mais ce qu'elle ignore sans doute, c'est qu'on préfère lui laisser... Et sans regrets.

 

 

 

 

Et toi lecteur, un avis sur la longue descente aux Enfers de Hell ? 


Déjà lu / vu ou entendu parler ?


Quoi qu'il en soit, je te le conseille vivement !

 


 


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Published by childhood-is-better - dans Culture
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