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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 17:45

 



Hello mes petits bibliophiles ! 

 

 

 

patients-grand-corps-malade.jpg

 



 

De ma grand-mère maternelle, je garde l'image d'une femme pleine de grâce et de coquetterie. Une femme belle et forte, qui aimait faire du vélo et aller à la piscine. Jusqu'au jour où sa vie a basculé. A la suite de ce qui devait être une opération banale, elle s'est réveillée paraplégique. C'était dans les années 60 et je ne l'ai jamais connu autrement qu'en fauteuil roulant. Ça ne l'empêchait pas d'être belle et pleine de grâce mais son sourire affichait cette fragilité, cette cicatrice imparfaite (pour reprendre les mots de Marc Levy) propre aux gens qui ont vécu. A part sur ses photos de mariage, je n'ai jamais vu ma grand-mère sur ses jambes et je n'ai malheureusement pas eu la chance de passer suffisamment de temps avec elle pour connaître son ressenti sur sa vie et sur son handicap. Je sais par ma mère qu'elle ne voulait pas de cette vie-là et qu'elle a pensé mourir au début plutôt que de supporter ce calvaire quotidien. Puis, comme souvent, la vie a repris ses droits.

 



"Tout le monde s’habitue. C'est dans la nature humaine. On s'habitue à voir l'inhabituel, on s'habitue à voir des gens souffrir, on s'habitue nous-mêmes à la souffrance. On s'habitue à être prisonniers de notre propre corps.
On s'habitue, ça nous sauve."

 



Une vie qui reprend ses droits, c'est sans doute de cette manière que je définirais le mieux le livre de Grand Corps Malade. De lui, je connaissais bien sûr l'artiste et ses textes poétiques et incisifs pour lesquels j'étais tombée en amour : les magnifiques "Voyages en train" par lesquels je l'avais découvert, puis "Rencontre", "Roméo kiffe Juliette" et de loin ma préférée, "Comme une évidence". De son nom de scène et de la béquille qui ne le quittait jamais, je devinais une histoire personnelle atypique, sans doute un accident sans (trop) grande gravité. En lisant Patients, j'ai découvert l'homme caché derrière l'artiste que j'admirais déjà beaucoup.

 



Grand-Corps-Malade.jpg

 



C'est après un mauvais plongeon dans une piscine pas assez remplie que Fabien va se réveiller en réanimation, "tétraplégique incomplet". Les médecins annoncent à ses parents qu'il ne retrouvera probablement jamais l'usage de ses jambes. Paralysé, le couperet tombe. Pourtant, après un an de lutte et de travail acharné dans un centre de rééducation, Grand Corps Malade retrouvera l'usage de ses membres. Dans son livre, il partage avec nous et avec une grande simplicité son quotidien dans ce centre, les rencontres (bonnes comme mauvaises) avec le personnel hospitalier et les autres patients qui l'aideront et le sauveront sans doute à plus d'un titre. Une tranche de vie qui le changera à tout jamais. La force de ce récit autobiographique ? Sans doute de ne jamais tomber dans l’apitoiement. Fabien, on le sent tout de suite, n'est clairement pas du genre à faire pleurer dans les chaumières. Avec une lucidité assez incroyable, il raconte (d'une façon un peu détachée et pleine de pudeur) cette année un peu particulière de sa vie où "il faut apprendre à être patient pour être un bon patient". Pas de sentimentalisme, pas question de se morfondre sur sa situation : il préfère nous faire "visiter" les lieux à sa façon, arpentant (quand il le pourra) les couloirs du centre, liant connaissance avec les autres patients et avec leurs histoires, toute singulières.

 



"J’étais allongé sur un brancard, dans le couloir.
On m’avait certainement installé là en attendant de finir de
préparer la chambre où j’allais être installé.

Un médecin était passé, s’était penché au-dessus de moi et m’avait regardé.
Je le regardais dans les yeux, il voyait bien que j’étais tout à fait conscient, mais que je ne pouvais lui parler à cause des tuyaux dans la bouche.
Il m’avait dévisagé, mais n’avait aucunement éprouvé
le besoin de me dire bonjour.

Au lieu de ça, il avait ouvert mon dossier médical posé
sur le brancard et s’était mis à crier
juste au-dessus de moi « il est à qui, ce tétra, là ? »"

 



De sa vie "d'avant", on n'apprendra peu de choses, si ce n'est qu'il espérait s'accomplir dans le basket à titre professionnel et que ce rêve lui a été enlevé suite à l'accident. Bien entouré, ses proches et sa copine lui rendent visite régulièrement mais de leur ressenti et de celui de Fabien, on ne saura (malheureusement ?) pas grand chose. De quoi se concentrer sur l'essentiel donc, sa rééducation. Dans un style concis et clair, Fabien va nous faire découvrir, à nous lecteurs, le quotidien lorsqu'on est subitement obligé de "compter" sur les autres pour les gestes les plus simples. Et le bonheur, évident, lorsqu'on retrouve subitement un peu d'autonomie et donc d'indépendance. La difficulté aussi (et la culpabilité) à retrouver petit à petit ses capacités motrices alors que les copains du centre, eux, ne progresseront peut-être jamais... Alors on cache ses progrès, on ne montre pas la béquille, ce précieux sésame qui prouve qu'on "avance" enfin dans la bonne direction. Et on évite de se plaindre, même si à 20 ans la vie nous a déjà mis une grosse poire dans la face, car il y a toujours pire et qu'on ne s'en sort pas si mal finalement...

 



"En prison comme à l'hosto, on attend et on s'emmerde énormément.

Et puis, surtout, on parle de l'avenir en utilisant les mots "sortir" et "dehors".

Quand on sera "dehors", la vraie vie pourra reprendre..."

 



De Patients, j'ai particulièrement aimé les tranches de vies que Fabien partage avec nous, du camarade de chambre arrivé là suite à un règlement de compte, de la jeune fille qui s'est jetée par la fenêtre à cause d'une peine de cœur ou de celui, paraplégique depuis l'enfance, qui a bien eu le temps d'étudier la question du handicap sous tous les angles. Avec cette pudeur touchante qui le caractérise, c'est sans doute des autres que Grand Corps Malade parle le mieux, de ces jeunes comme lui qui se sont brûlés les ailes à un âge où on a souvent tendance à croire qu'on est immortel et que le pire n'arrive qu'aux autres. Pleine d'humour mais aussi de cynisme, on se sent vite comme chez nous avec cette petite bande qui se chambre, se vanne et trouve toujours le temps de "niquer" ensemble une heure de son quotidien... Ce livre, qui s'ouvre sur un magnifique slam et est truffé de blagues sur les handicapés (qui a dit qu'on ne pouvait pas être en fauteuil ET avoir de l'auto-dérision ?!) est un vrai souffle de vie. Ne cherchez pas l'émotion derrière chaque mot car Grand Corps Malade a d'autres chats à fouetter que de laisser la place aux regrets : à la place, il nous offre avec une bonne dose de recul sa vision sur cette année pas comme les autres où il s'est de nouveau retrouver sur pieds.

 

 

Pendant toute ma lecture, j'ai eu la sensation d'entendre la voix grave et si caractéristique du chanteur m'accompagner tout bas. Au début, l'écriture presque "chirurgicale" de Fabien m'a un peu dérouté. Je ne retrouvais pas la chaleur de ses textes, pourtant souvent intimes et plein de sentiments. Puis j'ai compris. Si je me réveillais tétraplégique, il est probable que je serai bouleversée et anéantie. Peut-être l'a-t-il lui même été, en off. Mais là où beaucoup serait tombé, Grand Corps Malade s'est relevé cent fois. Pas le temps de crier à l'injustice ou de perdre du temps à se plaindre. Derrière ce livre, on sent surtout l'immense volonté de vivre et de profiter de chaque jour sans regarder en arrière, tout en ayant à cœur de mettre en lumière les préjugés courants sur les handicapés. Un hymne à l'optimisme rare, plein de dérision, de recul mais aussi de dignité, et d'autant plus précieux ! A lire sans hésiter pour découvrir un témoignage vraiment différent sur le handicap vécu par un très grand Monsieur. Grand à plus d'un titre...

 



 

« J'ai rencontré quelques peines, j'ai rencontré beaucoup de joies.

C'est parfois une question de chance, souvent une histoire de choix... »

 

(Rencontre – Grand Corps Malade)

 

 


Et toi lecteur, envie de découvrir ce témoignage hors du commun ?

 

 

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Published by childhood-is-better - dans Culture
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commentaires

Etoilla 07/04/2013 20:11

Je viens de dévorer ce livre !
Aussi bon écrivain en slam que pour son témoignage, Grand Corps Malade nous parle ici de son parcours au centre de rééducation pour handicapés, à la fois avec humour et émotion.
Un coup de cœur !

childhood-is-better 09/04/2013 14:01



Contente que ce livre t'ai plu Etoilla :) Ce fut un coup de coeur pour moi aussi, sans conteste. Merci pour le petit commentaire et belle journée à toi  ! 



Shuteu 20/02/2013 21:44

J'avais vu une critique de ce bouquin et tu confirmes ce désir naissant de le lire. Tu me le preteras ?

childhood-is-better 24/02/2013 18:29



Ca aurait été avec un grand plaisir mais je l'ai lu sur ma liseuse électronique ! C'est incroyable ce que cette technologie est pratique, mais beaucoup moins qu'un livre papier pour tout ce qui
concerne le partage... A côté de ça, si tu as l'occasion de le lire, n'hésite pas :) 



Etoilla 20/02/2013 17:31

Très bel article !
J'attends impatiemment de pouvoir lire ce témoignage de Grand Corps Malade. J'aime beaucoup les textes qu'il écrit pour ses chansons, hâte de découvrir Grand Corps Malade écrivain.

childhood-is-better 24/02/2013 18:25



Merci beaucoup pour cet adorable commentaire ! Nul doute que tu seras charmée par le Grand Corps Malade écrivain... C'est une nouvelle facette de son talent qu'on découvre avec un grand plaisir.
Belle soirée !



sofiane 19/02/2013 09:52

tu lui rend un très bel hommage avec ton article, grande fan de Grand corps malade mais ne connaissant pas encore cet ouvrage, je vais aller m'empresser de l’acquérir !

childhood-is-better 19/02/2013 20:01



Merci beaucoup Sofiane pour cet adorable commentaire. J'espère que cette lecture te plaira mais si tu es fan de Grand Corps Malade, je suis convaincue que tu aimeras. C'est une manière magnifique
de découvrir un nouvel aspect de sa personnalité. Un grand merci pour ton passage par ici :) 



lady marlene 18/02/2013 17:44

Justement, à cause de la leçon de vie et de l'optimisme qui s'en dégage !

childhood-is-better 18/02/2013 18:26



Je te comprends :) Moi aussi j'ai la larme facile mais ces cas-là.



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